Christ de saumon sale ! – première partie

S’il fallait traduire, ça voudrait à peu près dire « saloperie de saumon de merde qui fait trop chier bordel ! », car je n’irais pas par quatre chemins, le saumon à la mouche c’est une pêche qui rend fou.

D’ailleurs, quelle mouche m’a piqué pour que je décide ainsi de rejoindre l’Indien à 6000 km de chez moi à la poursuite d’un poisson dont je ne connaissais rien et pour lequel je n’étais ni équipé, ni préparé ?

Ben en fait c’est lié à une promesse faite au moment où Jérôme décide de partir vivre au Québec. Déjà, il n’avait pas fini de me refiler tous ses coins sur la Basse Rivière d’Ain, le Rhône et l’Albarine, alors il fallait rester en contact. Et puis il m’avait déjà parlé de ce poisson qui rend fou, alors j’avais promis d’aller le voir, sans trop prendre la mesure de cette promesse, et à mesure des mois, les comptes-rendus enthousiastes de l’Indien ont peu à peu transformé l’hypothèse en évidence.

En décembre 2009, je prends les billets, par d’incessants messages j’assaille mon futur hôte pour en savoir un peu plus, quel matos, quand, comment, où on irait ?

Les premiers mois de l’année semblent interminables et puis tout s’accélère et le 26 juin je me retrouve à l’aube de mon premier voyage halieutique. Alors comme c’est le premier, je vais prendre un peu le temps, car on ne peut pas tour à tour découvrir un nouveau pays, revoir des amis, aller au devant d’un poisson mythique et ne rapporter que trois photos et demi en disant « ouais c’était pas mal mais y avait pas beaucoup d’eau… ». Du coup je vous propose un petit rendu en plusieurs parties :

Première partie :

–          Le Québec immense et loin

–          Mises en bouche

Deuxième partie :

–          Dix huit heures de pêche par jour !

–          Impressions

–          Quelques prix, quelques liens, quelques infos

Le Québec immense et loin

Je ne sais pas vous, mais pour moi l’avion a conservé toute sa magie. A Orly, je dispute la place aux enfants devant la vitre pour mieux voir l’énorme 747 qui se prépare au décollage. Le stress de l’enregistrement des bagages est passé, je n’ai plus qu’à espérer que les cannes arrivent entières et en même temps que moi de l’autre côté de l’Atlantique.

Ceci étant, je suis vite rattrapé par la réalité au moment où il faut que je m’insère dans le minuscule siège qui m’abritera pendant septe heures !

Malgré tout le voyage passe vite et l’écran me permet de voir que je me rapproche de plus en plus du but !

A Montréal, je suis accueilli par Magali et Guillaume, deux amis que je connais depuis mes jeunes années d’étudiant insouciant à Tours. C’est la possibilité d’échanger sur leur expérience de vie chez nos « cousins » et de bénéficier d’un premier aperçu de Montréal. J’en profite pour les remercier chaleureusement pour leur accueil.

Je me suis un peu attardé dans Montréal (notamment avant de retourner en France). Si mes amis s’accordaient à me dire que l’hiver la ville peut parfois être triste, en plein soleil, à l’aube du festival de Jazz, Montréal est une ville passionnante et particulièrement agréable. De prime abord, pas de doutes, c’est une ville nord américaine, plan en damier, grattes ciels, immeubles en briques et leurs échelles rouillées, grands parcs pleins d’écureuils… Un petit New York où tout est écrit en français (ou presque) où l’on finit par déboucher sur un bout d’Europe échoué contre les grattes ciels, la fameuse vieille ville. Ce puzzle de quartiers, ces étudiants en masse, sa vie grouillante, font de Montréal une ville vraiment agréable.

Pour rejoindre Jérôme, il faut prendre le car, et là, je vais prendre la mesure de l’immensité québécoise. Le long d’autoroutes plus que largement dimensionnées, le paysage défile. D’abord la banlieue résidentielle, industrielle et commerciale de Montréal qui semble ne jamais s’arrêter, puis les champs de maïs à perte de vue qui font passer la Beauce pour un jardinet. C’est monotone et plutôt moche, heureusement, il y a les énormes camions rutilants pour me distraire. Mais je sais qu’entre Montréal et Québec, ce n’est pas le plus beau de la Province, et que bientôt, ma mouche va dériver dans des rivières de rêve.

Mises en bouche

Jérôme me récupère à Trois Rivières pour prendre les permis et humer l’air à « l’Ami Moucheur », Flyshop culte s’il en est. Les permis sont pris (c’est très simple) et seul un budget limité me fera rester raisonnable face à l’abondance du magasin. Il y a de quoi monter quelques milliers de mouches, y compris les plus folles.

Jérôme travaille les premiers jours de mon arrivée, mais il se met en quatre pour me trouver des coins de pêche. La tâche est ardue, il fait un soleil de plomb, l’air est incroyablement moite, les rivières très basses suite à un hiver doux et un printemps sans pluie.

D’abord, nous partons pour une belle rivière des Appalaches, à une heure de chez lui, pour un premier coup du soir le samedi et toute la journée du dimanche.

Les paysages me font penser au Massif Central, à quelque coin perdu des hauts plateaux de Lozère, mais les fermes de bois et les pickups garés dans les cours me rappellent que je suis en Amérique du Nord. La rivière s’inscrit dans cette ressemblance, on se croirait sur la Loire ou le Haut Allier, eaux noires et puissantes s’alanguissant en méandres ou mugissant entre de gros blocs.

Le lac qui donne naissance à la rivière est noir de monde, et en particulier de pêcheurs, mais vingt minutes de marche nous amènent à la plus complète solitude. Le québécois semble aimer pêcher pas loin de la voiture. Et tant mieux pour les poissons, car les truites ne font l’objet d’aucune maille ni d’aucune taille limite. Feuilleter un magasine de pêche revient à visualiser des tableaux de chasse que nous ne sommes plus habitués à voir en France.

Le premier soir je décroche une truite qui à peine piquée se rue vers l’aval. Des poissons gobent mais sont très difficiles. Moi qui pensait me gaver avec de grosses browns prenant d’énormes sèches je commence à revoir mes plans.

Le lendemain nous ratissons la rivière en sèche, en nymphe, en noyée, au streamer, rien de rien, le désert, je croiserais juste une sorte de barbeau qui ne voudra pas prendre la mouche (dommage).

Tout un coup, vers dix neuf heures, l’éclosion tant attendu arrive. Des sortes de sulphures jaune crème défilent, puis des sedges, les premiers gobages apparaissent. La rivière est puissante, divisées en de nombreuses veines d’eau, les berges boisées et le lit vite profond. Les coups ne sont pas faciles et les truites non plus. Aucune de mes mouches n’intéressent les poissons alors que Jérôme a enclenché le compteur et c’est du lourd !

Finalement, au bout d’un long bas de ligne, je mets une émergente de sedge en h18 et je prends ma première truite canadienne, incroyablement grasse et puissante. J’en louperais trois autres au ferrage et Jérôme me mets cul rouge avec six poissons.

Il y avait plus gros à manger, mais les poissons ne prenaient que des émergentes de sedges.

Le lendemain, Jérôme bosse et ne peut pas m’amener trop loin. Il me dépose sur un petit ruisseau, superbe. Pendant deux heures je le descends, et je suis frappé par le fait qu’il n’y a absolument aucune trace de passage avant moi. Le cadre est hyper sauvage et pour cause, la rivière est vide. Pendant plusieurs heures j’insiste sur les postes prometteurs, rien, pas un gobage, pas une ombre dans l’eau. Mystère, un énorme orage me fera attendre Jérôme dans un cabanon.

Le lendemain, c’est Maud qui m’accompagne sur une grosse rivière de plaine pour pêcher le bass. La rivière est très large, coule assez rapidement. Le décor est limite flippant, avec ses quelques maisons de bric et de broc, la brume sur l’eau, ça faisait un peu film d’horreur. Après l’orage de la veille, l’eau avait monté, et les postes étaient difficiles à atteindre. Je loupe trois fois de suite un doré (sandre local) que je vois attaquer mon leurre mais que je n’arrive pas à ferrer… Des jeunes pêchent aux leurres avec un succès relatif, un petit achigan qui finit dans un sac plastique.

C’est déjà la moitié du séjour et demain, nous partons pour la Gaspésie… Je pensais être un fou de la pêche, j’allais connaître le rythme infernal que la pêche au saumon impose…

La suite bientôt

Originally posted 2010-09-06 15:00:30.

6 commentaires.

  1. Salut Alexis,

    J’ai failli passé à côté de ton article et quel dommage cela aurait été que je le loupe.

    Avec la mise en bouche que tu m’as offert, je crève de faim pour le plat de résistance.

    A très bientôt et merci.

  2. salut Alexis,

    bien sympathique cette entrée en matière, il me tarde de suivre les autres chapitres…

    tu as dû sacrément te régaler! on en parlera bientôt…

    A+

  3. C’est vrai que pour le saumon, faut du cœur au ventre…
    Merci pour ce récit !!!

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