rivières du Sud

Premier voyage de pêche, avec son lot de temps perdu, d’errements et un manque de préparation évident, mais houuuu que ça a été bon !!

 

En tête une obsession liée au pluies permanentes : tirer vers le Sud, avaler l’asphalte pour rejoindre et longer la Grande Bleue, puis sonder les contreforts calcaires de notre vieux Massif Central. Dans la boîte à musique, que du bon et du lourd : Hendrix et Led Zep pour planer, les Gun’s grande époque pour enchaîner les virages en épingle, Pantera pour appuyer sur le champignon.

 

Je sais que là bas aussi, il a plu et que les rivières sont gonflées, je devine également mon manque de préparation, et je pèse la fatigue écrasante des trop longs trajets domicile travail. Résultat, je remets à plus tard le concept de rando pêche et je crois que j’ai bien fait pour cette fois. J’ai ainsi pu avoir un aperçu de plusieurs rivières, et mon manque de préparation (matériel mais aussi et surtout mental) conjugué aux niveaux très hauts des rivières aurait limité ma progression et sans doute conduit à plus de frustrations que de plaisirs halieutiques.

 

De toute évidence, ces cinq jours constituent un défrichage, du repérage, et ont été sources de beaucoup, beaucoup d’informations. Je compte bien en faire la base solide de nombreuses déambulations à venir.

 

Avant toute chose, une petite précision, je tiens à m’excuser auprès des gobnautes, amoureux des rivières et protecteurs invétérés de leurs habitants, mais par respect pour plusieurs pêcheurs rencontrés, et à leur demande (implicite ou très explicite), je me dois de taire le nom de la deuxième rivière, et par extension et pour faire plus simple, je ne citerai pas les cours d’eau que j’ai fréquenté. Les habitués reconnaîtront les lieux, à tous les autres je vous invite à partir à l’aventure !! Quand aux viandards qui parcourent ces lignes, ils en seront pour leurs frais.

 

Descente donc le long de l’altier Rhône, qui roule ses eaux grises, la Durance lui apporte des eaux marrons et un flot en furie. Pour l’Alose, on repassera…

 

Toutes les rivières aux alentours sont hautes, très hautes, les pêcheurs croisés maugréent, le mauvais temps est responsable de leur triste sort. Moi je ne vois que les libellules qui encadrent la rivière de leur danse, les coquelicots qui crèvent les champs de blé et la végétation qui paraît comme dopée.

Et puis en toute sincérité, je plains ces rivières en « saison normale », car si elles sont hautes, elles restent encore pour la plupart bien sagement dans leurs lits (enfin c’était avant les orages terribles du lundi soir…).

 

Les insectes par ce temps lourd défilent à bon rythme dans les courants. Sous un arbuste voilà déjà deux beaux gobages que j’observe. Le coup est difficile, une trouée entre deux arbrisseaux, un arbre en face dont les branches plongent un peu. Ne sachant pas sur quoi elle montait et un peu intoxiqué par la tendance actuelle aux émergentes et aux petites mouches, je lance une petite oreille de lièvre (qui finira à terme dans un arbre) sans succès. Puis je vois de loin cette grosse mouche jaune tenter de s’envoler, mais ses gestes lourds et sa dérive au plus près de la rive l’a font disparaître, happée dans un bruyant gobage.

 

J’ouvre ma boîte, quelques mouches disparates témoignent de mon manque de rigueur et de ma trop légère préparation, mais il y a là deux gros papillons jaunes, récupérés de la boîte à mouche du grand père de ma copine, et certainement montées sur un solide hameçon de 8 il y a  plus de 25 ans…

Je lance une première fois la généreuse imitation de mai, ouais, pas simple, la mouche fait du deltaplane et j’aurai le temps de me faire un sandwich avant qu’elle ne retombe… Le deuxième lancer est mieux, et la mouche virevolte vers le buisson, elle n’aura pas le temps de se mouiller trop les pattes, car le gobage a déjà crevé l’onde grise.

 

Je ferre…. Intérieurement je sais qu’elle ne m’échappera pas, c’est un gobage trop généreux…. Le poisson se tortille en surface quand je craignais de le voir s’engouffrer dans les herbiers, mais le voilà déjà dans l’épuisette. Sans lui faire quitter l’eau je m’assure d’un tapis d’herbe immergé pour prendre en photo ma toute belle, mon plus beau poisson pris à la mouche… N’ayant jamais quitté l’eau c’est gaillarde qu’elle m’éclabousse avant que ma main ne l’invite à rejoindre le chemin de l’onde…

  

Je tremble, une demi heure de pêche et mon plus beau poisson, les vacances démarrent plutôt bien !!

 

Le reste de l’après-midi me rappelle à l’humilité que chaque pêcheur se doit d’observer. C’est gobages en folie, non pas qu’il y ait un tapis de mouche et un gobage tous les 20 cm, mais chacun d’eux semble venir d’un poisson dont la vie en dépend !!

 

Spectacle magnifique d’un petit ombre s’alimentant dans le courant, qui finira par saisir une émergente fantaisie pour la recracher rapidement, pour se remettre aussitôt à s’alimenter !

 

Je pose toute sorte de mouches sur ces gobages généreux, avec une prédilection pour l’hydravion qui m’a apporté le succès. Rien n’y fait et l’orage enfle.

  

Je pars pour la Camargue. Le lendemain me voilà le long d’un petit chenal grouillant de carpes. Au bout d’une petite heure à peine, usé par le dédain manifeste de ces dames et la nuée de moustiques qui entame de me rendre fou je fuis vers l’Est.

Arrêt près d’un port. Le long de la digue un nuage d’alevins éclate, ce qui présage une chasse. Je constate en effet que deux jeunes loups déjà bien gaillards suivent le banc d’alevins par en dessous et prélèvent au grés de leurs envies des petits poissonnets. Le banc très mobile, le festin déjà bien entamé et le fait que je devais être très visible font de mes ramenés de streamer un échec.

 

Je file donc sur un spot qui sent le mulet. Effectivement ils sont là, en moins grand nombre qu’espéré, et me voilà parti pour 3 heures de crise de nerfs. Le seul poisson pour lequel j’avais vraiment consciencieusement préparé des mouches me voit vite capituler. L’indifférence la plus complète.

 

Je m'enfonce donc dans la garrigue vers un endroit merveilleux. Je tombe un peu au hasard sur la plus belle rivière de mon monde, une de celles qui vous font tourner la tête et oublier l’Ain le temps de quelques jours.

Difficilement accessible, roulant des eaux hautes, elle ne me livrera que le deuxième jour seulement cinq de ses petits joyaux.

La veille deux moucheurs sympas m’ont chacun apporté les renseignements dont j’avais besoin. Le plus ancien m’invitera à prospecter les bordures avec un sedge…

 

Une nuit de désespoir s’en suit alors, en copieux boulet que je fais, je n’en ai évidemment pas, qui plus est cela suppose de pêcher dans la rivière, en short dans des eaux glacées !!

 

Mais le lendemain, les escarpements ensoleillés, les fleurs et les paysages à couper le souffle m’insufflent la motivation nécessaire…

 

Froid aux jambes, et bien j’aurai chaud en haut, me voilà barbotant dans l’eau glacée vêtu de ma plus chaude polaire sous un franc soleil. Ma foi, passées les quelques surprises d’un trou plus profond amenant le niveau de l’eau au niveau des bijoux de famille, on s’y fait.

 

Pas de sedge, et cette mouche parachute premier prix, achetée dans une grande chaîne à mes balbutiements à la mouche, ça y ressemble quand même furieusement non ?

 

Me voilà prospectant les berges avec rigueur, et le résultat ne se fit pas tarder. Cinq petits bijoux (dont une un peu plus jolie que les autres qui évidemment me glissera entre les doigts plutôt que de prendre la pause), autant d’espoir pour l’avenir et un pied de nez au papy aperçu la veille armé de son vairon et qui a enfourné cette petite truitelle dans son immense panier (à quoi sert un si grand panier si on ne laisse pas grandir les truites ?).

  

Des décrochés, des loupés, ho jamais des monstres, loin en tout cas d’une belle de plus de trente cm que j’ai fait fuir en me vautrant dans la rivière depuis mon poste d’observation 1 m plus haut… Une dernière prise sur gobages, après qu’un confrère ait plus tôt dans la journée jeté l’éponge (Yes !!).

  

Et puis le dernier jour, plutôt que de refaire le même parcours, je décide d’aller vers une autre rivière. Hélas, malgré un profil et des postes qui fleuraient bon la truite, impossible de faire monter autre chose qu’un drôle de cyprin, inconnu pour moi. Et en nymphe pas possible non plus de faire mordre les petits barbeaux méridionaux aperçus avant.

  

En rentrant je prends la pleine mesure de ce que j’ai vécu, regrette déjà de ne pas en avoir plus profité, d’avoir trop roulé et pas assez pêché, m’en veux d’avoir quitté trop tôt le paradis aux eaux bleues.

 

Mais sur ma carte IGN, les coins sont répertoriés, les accès identifiés, je reviendrai prendre la pleine mesure de cette rivière.

 

Le geste de remettre une truite à l’eau m’apparaît plus que jamais évident et naturel lorsqu’on prend un peu la mesure des joyaux que la France abrite encore. J’ai pu voir trois truites dans un m², mais aussi pu juger de la pression de pêche et de comportements innommables.

 

Sans remettre en cause l’intérêt des voyages halieutiques, ne serait ce que parce que tout voyage apporte un enrichissement, je me dis que nous massacrons lentement des bijoux que le monde entier pourrait nous envier.

 

Espoir et coups de bambous, bref un petit condensé de la vie en cinq jours, seul avec ma passion comme fil rouge…

Originally posted 2008-06-18 11:16:00.

4 commentaires.

  1. J'ai bien aimé ton reportage, comme quoi on peut encore se faire plaisir en France sur des rivières inexplorées, cela fait plaisir.
    Le Cyprin ressemble à un blageon, on les appelle les « siffles » sur la Loue et il prennent très volontiers la mouche…

  2. merci les gars !
    Captain, le cyprin inconnu serai peut être un Sofie, une espèce dont l'aire de répartition correspond… Je suis pas méga convaincu par les photos que j'ai pu trouver sur le net. J'aurai vraiment voulu toper les petits barbeaux méridionnaux, je comprends pourquoi on les appelle barbeaux truités, ils ont vraiment une jolie robe, avec des points et des ocelles.
    François, je me suis régallé, ça a été du repérage, j'ai pu à la fois faire connaissance avec une rivière qui reste encore à une distance acceptable pour partir à la journée, puis en fin de séjour j'ai vraiment identifié un coin pour partir en randopêche…
    J'ai vraiment très envie d'y retourner.
    Par contre en short j'avais les jambes en sang à force de crapahuter dans les ronces, et je suis passé tout près tout près de la plus grosse vipère que j'ai jamais vu… un pneu de mobylette !!

  3. Eh bien je vois que tu en as bien profité et que tu n'as pas hésité à changer ton programme. C'est cool, la rivière à l'air vraiment très belle.
    Tes histoires sont toujours aussi sympa à lire. ;o))

  4. Merci pour ce super compte rendu.
    Et bravo pour tes goûts musicaux aussi.
    Pour le cyprin inconnu, ça ne me dit rien non plus. Ca ressemble vaguement à un spirlin croisé avec une ablette, une vandoise et un hotu !

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