Norvège

souvenirs de 2014

Cette année, j’ai démarré un carnet de pêche ; exercice comptable, rigoureux ; secteurs, météo, mouches, nombre de prises … Je le relis, le repose, un peu déçu. Ce qui a fait le sel de cette année ne s’est pas fait enfermer par les mots.

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Au fil des saisons qui défilent toujours trop vite, je me rends compte que la pêche n’est plus un but, mais est devenu un moyen, un vecteur pour accéder à un sentiment de plénitude, une raison pour pousser la porte et se faire happer par la nature.

La seule addition des poissons pris n’est pas l’unique garant de la réussite d’une partie de pêche. Ce serait vain de dire que ça n’y participe pas, et je serai un menteur si je n’avouais pas que je suis toujours autant excité par la capture d’une grosse truite ou par une journée à plus de dix poissons. Toutefois, c’est une alchimie complexe entre le nombre de poissons leurrés, les qualités de la rivière et des paysages, le contexte des captures, la solitude absolue ou au contraire la présence d’un ami cher, l’état d’esprit dans lequel on a abordé la journée ou le séjour qui fondent la différence entre une sortie commune et une cession extraordinaire ….

2014 illustre bien ce propos. Malgré un printemps compliqué pour raisons personnelles, un automne comme un acte manqué pour cause de travaux et de déménagement pour un ami auprès duquel j’étais largement redevable, je qualifierai cette année de très bon cru car j’ai toujours réussi à rester calme au bord de l’eau (l’emportement étant chez moi un très gros défaut) et à profiter de chaque instant.

La première truite de l’année a été une petite ardéchoise, quel bonheur de retrouver les vallées perdues !

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Émotion intense également avec cette première truite biennoise après deux ans de fermeture.

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A chaque printemps je revis, j’aime cette exubérance de la végétation, cette lumière douce et chaude qui fait sortir les mouches et les truites.

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J’ai arrêté de râler contre la météo, car qui sommes nous pour décider des cieux ?

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J’ai préféré m’adapter, apprenant à pêcher en nymphe lourde. Cette pratique parfois décriée est très sensitive et intuitive, sollicitant d’autres sens que la vue…

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C’est parfois le seul moyen d’aller dénicher des poissons positionnés sous de puissantes lames d’eau…

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… et l’occasion de dénicher quelques très beaux sujets qui mettent rarement le museau à la surface. La truite qui suit a été prise le long d’un mur léché par un puissant courant, sous 1 m d’eau, tandis que l’ombre a été débusqué dans un goulet d’eau blanche à l’entrée d’un lisse, deux postes que je ne pêche jamais d’ordinaire, ou trop superficiellement.

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Je parlais d’environnement… Comment décrire la vallée de la Gordolasque dans le Mercantour ? Le plaisir de pêcher en montagne est à peine descriptible, le vocabulaire manque pour décrire l’étrange sensation de pêcher sous les arrêtes enneigées, des cours d’eaux cristallins peuplés de truites bijoux, l’attention parfois troublée par la vision d’un chamois placide qui vous observe à quelques mètres.

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Grâce à Jean-Baptiste, j’ai aussi pu découvrir la Dourbie, et pêcher sous le vol des vautours les capricieuses truites de cette rivière somptueuse.

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Au printemps bien avancé, c’est comme un rituel. Je vais rechercher les truites parfois incroyablement tatillonnes du Massif Central. Les poissons les plus petits ne sont pas forcément les plus simples à leurrer, comme en témoignent ces truites du Trévezel et du Chapeauroux, deux rivières également découvertes cette année.

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Le début de l’été est maussade, ce qui permet de belles pêches en sèche, ici sur le Guiers en Isère, où la pluie a sauvé une partie de pêche bien mal engagée en faisant sortir de sous les roches des poissons que j’aurai continué à embêter sur les éclairs ne s’approchaient pas dangereusement !

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Avec Jean-Baptiste, nous continuons d’arpenter l’est du Massif Central, cette année, c’est moi qui lui fait découvrir une rivière, et pour une fois, j’emporte le titre du plus beau poisson, concours non déclaré qui occupe pourtant nos esprits lors de ces virées.

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Je retrouve Fanfouet sur les bords de Bienne. La base du cocktail reste la même, rigolade permanente, bivouac et feu de bois, bonne bouffe et vins fins, l’indispensable café du matin.

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Toutefois depuis deux ans, on agrémente ce mélange de prise régulière de beaux poissons, et c’est quand même pas mal chouette !

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C’est au cours de cette expédition que j’ai pris ma plus grosse truite de l’année, en sèche.

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Nous avons également pris notre première truite à deux en nymphe à vue. François pêchait, j’étais ses yeux, planqué sur la berge. La sensation, lorsque j’ai vu la mouche de François percer l’eau à l’endroit indiqué, puis la truite se décaler, prendre la nymphe, hurler « feeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeerrrre !!!!!!!!!!!! » et voir ensuite la truite se dodeliner, piquée par le fer, est assez extatique, aussi puissante que de prendre soi-même un poisson !

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Nous avons poursuivi nos rêves de pêche cette année, en poussant jusqu’ à la Norvège et la vallée de la Hemsila…

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Vous savez, c’est le genre de voyage que vous fantasmez pendant des mois, la destination que vous abordez avec un brin de suffisance parce que vous vous dites qu’il n’y a pas plus dur à pêcher que les rivières françaises…

Les premiers jours, ça a été la grosse claque. La Scandinavie a connu la canicule du siècle, nous proposant des rivières à l’étiage marqué.

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La pluie salutaire des premiers jours nous a gelé jusqu’aux os, nous obligeant à trouver des endroits improbables pour dormir, comme cette grange à foin délabrée.

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Impossible de trouver du réconfort dans la nourriture et l’alcool, absolument hors de prix, nous obligeant à nous repaitre de knackis tous les jours, et à tenter des choses affreuses, comme cette fricassée de vairons absolument immangeable…

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Pour autant, on a rien lâché.

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Il a fallu chercher, tester, pêcher très fin, autrement. J’ai notamment sauvé l’honneur en pêchant en noyée avec ce minuscule streamer qui m’a valu quelques captures et la perte d’un très très gros poisson parti se caver dans les roches.

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Las des bivouacs dans des endroits sordides, on a pris le taureau par les cornes, investi une île et déclaré une république autonome et autogérée, entièrement dédiée à la pêche à la mouche.

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Tout ça réuni nous a permis de quand même revenir avec la photo souvenir de « la grosse truite prise sur un lisse irréel devant les cascades qu’on voit dans tous les films sur la Hemsila ».

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Les lacs ont aussi été une alternative heureuse aux rivières.

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L’été a en revanche épargné les rivières françaises. Les pêches électriques sur la Basse Rivière d’Ain sont encourageantes, les ombres reviennent. Il faut espérer que 2015 ne soient pas une nouvelle année noire.

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La fermeture de la truite est arrivée tellement vite… Je ferais une dernière sortie jurassienne extraordinaire, parmi les plus belles parties de pêche que j’ai pu vivre. Chaque truite prise mériterait un roman, et j’ai fini à l’eau pour ne pas rompre la tradition ! Sur mon rocher, séchant au soleil, j’étais heureux de vivre l’instant présent.

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L’automne ne m’a permis que quelques rares sorties, mais l’essentiel était derrière moi. Il me reste à rêver 2015, plus qu’à la préparer (je n’ai jamais su faire …)

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