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sous le signe de l’eau …

Les jours sont maintenant bien courts. A peine une tentative de soleil à travers le front gris des nuages qui semblent n’avoir jamais quittés notre quotidien.

Les parties de pêche d’ici à la fin de l’année se comptent dorénavant sur les doigts d’une main, peut être quelques traques du brochet, et si le Rhône se calme enfin, aller rechercher les gros bleus, s’ils ont survécu aux chasses de l’année dernière (un article pour comprendre les chasses du Rhône ici).

L’année finit comme elle a démarré, sous l’eau, dans le froid. Difficile de se plaindre toutefois de voir des rivières aussi hautes, aussi belles.

En mars et jusqu’à mi avril, la pêche s’est résumée à braver le froid et regarder courir une eau glacée … Ce virage voyait défiler des cohortes de mouches mais pas un poisson dehors ! Nous sommes début avril, à 600 m d’altitude, pas un bourgeon aux feuilles.

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Je ne savais plus où aller pour prendre ma première truite de l’année. J’en ai fait des kilomètres, j’avais rêvé tout l’hiver et j’étais prêt à aller les chercher jusque sur Mars les zébrées !

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Heureusement que pour patienter, il suffit de profiter des beautés de la nature.

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L’astuce aura été d’aller chercher les poissons sur les tous petits affluents, moins sujets aux fortes eaux, et pour une fois pêchables assez tard dans la saison.

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Tant mieux, j’ai toujours aimé la pêche en ruisseau, gage la plupart du temps de sortie dans des paysages superbes, à la recherche de truites 100% sauvages.

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Comme tous les ans, je pars en virée début mai, au menu amitié, feux de bois, récits de pêche et d’aventure, pêche à gogo, j’ai besoin de cette respiration, de ces moments au plus près de ma passion. Avec Christophe, nous remontons l’arc jurassien puis direction le nord est.

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Même en étant si avancés dans la saison, nous avons du composer avec des rivières aux niveaux très hauts. C’est sans doute le fait d’avoir une telle colonne d’eau au dessus de la tête qui a du rassurer les gros poissons, j’ai en effet battu mon record (en France) avec cet incroyable poisson de 59 cm pris en sèche. J’en tremble encore en me remémorant ce coup de ligne.

Même si je dois plus ce trophée à la météo qu’à mon talent, je ne boude pas mon plaisir ! Ce genre de capture, hors parcours privé, hors no kill, reste quand même un moment rare qu’il faut savoir savourer.

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Les beaux coups de ligne se succèdent, l’année est enfin lancée.

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Le printemps a l’air de vouloir s’installer, il est temps d’aller monter sur les plateaux et les rondeurs du Massif Central, à la recherche de ses truites retorses et combatives en diable, des petits joyaux dans des paysages qui semblent échapper un peu à la course folle du monde.

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Cette année, je profite du meeting gobages en Corrèze pour, au retour, découvrir la Sioule et ses belles truites, traquées en sèche et surtout en noyée … Avec les eaux puissantes de cette année je redécouvre cette pêche sensitive et intuitive.

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Juin et tout début juillet, c’est l’alternance de conditions de rêves et de très fortes eaux, les belles zébrées sortent enfin, sans doute aidées par les éclosions massives de mouches de mai, en tout cas les plus belles auxquelles j’ai pu assister …

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Cette belle truite aura cédé à une grosse émergente de mouche de mai que j’avais fait dériver au ras des branches, en fin de lisse. Le poisson se tenait dans tout juste suffisamment d’eau pour la couvrir. J’ai mis du temps à lancer ma mouche, je ne voulais pas rompre le spectacle du poisson gobant au rythme d’une horloge.

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Sur la Loue, un énième coup d’eau a fait décaver des beautés brutes, j’espère juste que les lâchers inconsidérés de souches atlantiques ne vont pas mettre à mal ces derniers vestiges de la mythique Loue. Ces deux poissons ont été pris en sèche, à 15 m de distance.

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Marmorata du Jura !

IMGP5070Les nombreux coups d’eau  semblaient chaque fois redonner un appétit féroce aux truites. Je me souviens d’un coup du soir inoubliable, plus de dix poissons sans bouger, un régal !

Le coup de balai qui nettoie les fonds …

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et c’est reparti pour un tour !

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Puis d’un coup, sans prévenir, l’été arrive. En peu de temps, les rivières sont à l’étiage malgré les orages, difficile de croire que début juillet certaines étaient en crue ! Je n’ai pas su m’adapter, je dirais presque que je n’ai pas voulu. Tout l’été, je traine ma carcasse le long des rives, faisant fuir les poissons, incapable de faire le deuil des deux mois bénis de pêche en sèche, avec du 15°° et des poissons qui semblaient mort de fin.

Je profite de deux semaines de randonnée avec ma petite femme pour découvrir les rivières de la bordure est du Massif Central, de Saint-Étienne jusqu’à l’Aigoual, mais je vous en dirais plus dans un article dédié. Je ne résiste pas à vous montrer le Tarn, tout près de sa source dans les monts Lozère, un bout d’ouest américain égaré entre causses et hauteurs granitique

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Septembre ne me sourit pas, je ne suis pas dans le tempo. Je fais ma fermeture dans le Jura, il bruine, il y a des mouches partout, des gobages en pagaille, mais je suis complètement à côté de mes pompes. Je sauve le bredouille mais je fulmine d’être ainsi passé complètement à côté.

La fermeture plus tardive en Isère est annulée pour cause de trombes d’eau, l’année finit doucement avec deux passionnants poissons d’automne que je ne pêche jamais assez. Il faut dire qu’il est difficile de trouver la motivation d’aller au bord de l’eau par des matins glacés ou sous des déluges d’eau. Je dois vieillir un peu, je suis moins chien fou.

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J’ai déjà hâte de partir vers de nouveaux horizons …

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pourquoi j’y serais

Les plus vieux que moi ont vu les truites mettre moins souvent le nez en l’air, les populations se raréfier… Moi, je vois les rivières disparaître.

Pas d’eau, rien, il ne pleut plus sur l’Est de la France depuis des mois… Qu’est ce qu’on y peut ? Rien ? tout ? Il faut y voir un châtiment ? J’en sais rien… Je vois juste mes rivières crever et j’ai le cœur qui se sert au fur et à mesure que le paysage jaunit…

Des comme ça, où il faut passer 45 minutes derrière, passer ta boîte sur son nez, j’y aurais encore droit dans les années à venir ?

A ma femme, je dis toujours en rigolant que les mômes je les emmènerais sur mon dos dès même pas un an à la pêche… Mais j’irais encore à la pêche ? Plutôt que de les trainer faudrait que je leur donne le goût de l’eau, celui qui m’habite depuis que je sais à peine marcher. Tourner les pierres, voir la vie grouiller, passer des heures devant le miroir de l’eau, s’immobiliser quand retentit le cri du martin-pêcheur. Le seul moyen de trouver la force de se battre, c’est de s’émerveiller encore… Le sens de l’eau, c’est le truc qui s’explique pas, qui fait que t’es bien là mieux que nul part ailleurs même si l’ailleurs c’est bien aussi.

Peut être que les minots, ils connaitrons que les blancs, les robustes, ceux qui s’adapteront, nous aussi, il va falloir, les espèces moins nobles prennent plus de sens à nos yeux…



Mais si le chevesne est devenu le compagnon obligé du moucheur, il faut continuer à se battre pour pas voir crever les dorsales bleues et les rayures qui peuplent encore les rivières.


Ça fait des bornes, j’y pêche jamais, mais le 14 mai j’y serais.