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Truites du bout du monde : parlons matos

Hello tous !

Partir à l’autre bout du monde, seul et en autonomie de surcroit, suppose quelques menues préparations.

Le récit du voyage fait l’objet d’une restitution dans la Gobrevue n°8. Pour alléger le discours, j’ai préféré ne pas m’encombrer de trop de détails techniques et axer la rédaction principalement sur l’impact émotionnel de cette première crapahute en solitaire. Pour autant je crois bon de partager avec vous le retour d’expérience que j’ai pu tirer de ce voyage concernant le matériel.

Je n’avais pas l’expérience de ce type d’aventure, aussi il y a eu quelques loupés mais globalement je ne m’en suis pas trop mal sorti.

Voici donc un inventaire des principaux éléments qui ont composé mon équipement, en espérant que certains pourront vous servir pour vos prochains trips.

Se repérer, s’orienter, où l’art de faire sans cartes

Je me suis rendu dans un pays où l’armée tient encore les rênes de la cartographie, du coup l’acquisition de cartes n’est pas des plus aisée. Déjà, l’échelle la plus fine est le 50 000ème, pour la randonnée, ce n’est pas idéal même si ça reste encore exploitable. Le site de l’équivalent de l’IGN est un véritable jeu de pistes, même quand des amis parlant couramment la langue du pays viennent à ma rescousse ! Impossible de commander en ligne, sauf à fournir, après diverses allers retours électroniques, mon n° de carte bleue … no way !

Seule alternative, un site américain, qui permet d’acquérir des cartes du monde entier, une véritable mine pour tout baroudeur. Le hic, trois cartes plus les frais d’envoi me reviennent à 230 dollars, là je dis stop, on va faire sans ! D’autant que pour avoir vu des extraits sur le net, ces cartes sont plus que basiques et approximatives aux dires de certains.

Je souhaitais acheter un GPS, je me suis tourné vers l’etrex30 de Garmin. restait la lourde tâche de disposer des bons fonds cartographiques. J’ai claqué 25€ dans birdsEye, censé permettre de télécharger des fonds images satellites ultra précis, bien plus que Google Hearth, sauf que là en l’occurrence, leur satellite a du passer très haut au dessus de l’île, car l’image est vraiment immonde, bien pire que sur Google, 25€ pour rien, je commençais sérieusement à bouillir de l’autre côté de mon écran …

De toute manière, je ne disposais pas sur BirdsEye des courbes de niveau, qui pour moi constituent l’information capitale car elles fournissent de précieux éléments sur la nature des terrains. Couplées à des images aériennes, elles donnent une lecture assez complète de ce vers quoi on s’engage. Le fond topo Garmin du pays étant d’assez piètre qualité, très cher, et les modalités d’achats incompréhensibles, j’ai tenté de trouver un plan B.

Ce plan B a nécessité de faire ressurgir chez moi les acquis de cours de cartographie et de SIG bien enfouis dans ma mémoire après 10 ans sans pratique.

Première étape : trouver une source plutôt fiable. Après avoir consulté plusieurs forums, je me suis résolu à considérer google map comme tel (des mecs sont partis dans l’Himalaya avec des fonds google map, et semblent être revenus pour en témoigner…). Je me suis donc « amusé » à superposer, images après images, des captures d’écran, ce qui m’a permis à terme de constituer le fond topo support de mon expédition.

Seulement pour que cette carte soit exploitable, il a fallu la georéférencer. C’est la deuxième étape.

Internet produit quand même de belles choses, puisqu’il est possible de géoréférencer des images jpg depuis Google Hearth, c’est très bien expliqué ici. Le fichier ainsi créé est dans un format que lit Base Camp, le logiciel gratuit qui permet de préparer ses cartes avant de les transférer sur son GPS. Avec mon assemblage de 17 cartes, je craignais d’avoir une grande marge d’erreur entre la superposition de mon fond topo et les vues aériennes. Après de nombreux tâtonnements (l’outil n’est pas adapté pour de grandes images, volontairement je pense car cela permettrait de géoréférencer toutes ses cartes IGN papier), la superposition semble réussie. Les rives de lacs et de la mer se superposent plutôt bien. Voilà une étape de franchie !

J’ai trouvé sur le net une sorte de topoguide édité par le ministère en charge des « Biens Nationaux », il décrit les deux seuls chemins « balisés » de l’île. Ça devait me permettre d’encadrer environ les deux tiers de ma marche vers le « hot spot », repéré vu du ciel, à savoir une section de rivière tout en méandres, reliant un lac à la mer. Un certain nombre de repères balisent le parcours et sont référencés. J’ai donc voulu les rentrer dans mon GPS. Le hic c’est qu’ils sont en UTM et que mon GPS est en latitude longitude. Je suis donc passé par moult convertisseurs de données, qui me faisaient fréquemment pointer en plein Océan Atlantique ou bien au fin fond de l’Afrique, avant que je comprenne que mon GPS pouvait également exprimer les positions en UTM… Bilan = trois soirées de perdues.

Pour le reste, je repère les coordonnées sur Google Hearth, et me positionne un tracé type vers ce qui me semble un coin sympa.

En clair, vous avez bien lu, je suis parti vers un coin repéré via des images satellites, et avec un fond de carte fait maison… Mais bon, c’était l’aventure où ça ne l’était pas !

En vérité, je ne suis pas allé au bout de mon délire (la rivière entre le lac et la mer), car après deux jours de marche qui m’ont lessivés, j’ai préféré rester dans une vieille cabane au bord d’un lac, avec trois rivières à moins d’une demi journée de marche autour.C’était quand même censé être des vacances !

Je me suis équipé, notamment sous la pression aimante de ma femme, et malgré un prix conséquent (300€ pour un truc dont on espère qu’il ne servira pas !), d’une balise de détresse. En cas d’accident, il me suffisait d’actionner la balise, et les secours les plus proches étaient alertés. Le modèle et le fonctionnement sont décrits ici.

S’abriter, dormir, manger, où comment vivre deux semaines en autonomie avec 20 kg

Là où je me suis rendu, la météo a été éprouvante, des températures maximum de 15°, de la pluie tous les jours, de la neige lors du passage d’un col, une fraicheur et une humidité constante. Je ne pouvais donc pas faire l’impasse sur la chaleur.

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Le premier abri, c’était la tente, ma fidèle Quechua ultralight, moins de 2kg, qui m’a accompagné une nouvelle fois. Basse, facile à monter, solide, elle n’a pas trop souffert du vent mais a clairement montré ses limites face à l’humidité du sol. Pour faire court, le sol était en permanence et en tout lieu parfaitement détrempé.

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Heureusement, pour m’isoler du sol, j’ai fait je pense un excellent investissement, à savoir un matelas de sol autogonflant extrêmement isolant et capable de supporter mes 106 kg (avant de partir, car j’en ai perdu 9 dans l’aventure !). La conception de ce matelas est ingénieuse, une couche d’air au contact du corps, qui chauffe avec ce dernier, une couche d’air au contact du sol, au milieu, une membrane réfléchissante, le chaud ne se perd pas dans le froid, et le froid ne remonte pas jusqu’au bonhomme, voici la bête, le neo air Xtherm. Bon c’est pas donné, mais le confort, la chaleur et 460 grammes qui rentrent dans une poche de sac valent bien ce prix là.

J’ai également investi dans un nouveau sac de couchage. Le cahier des charges était exigeant : chaleur (confort à 0° ou moins), légèreté (moins de 2 kg), taille (pouvoir y mettre mes 197 cm), et prix maîtrisé. Dur de réunir les différents critères et bien souvent le prix s’envolait. J’ai acheté français, avec un Pyrenex, marque plus connue pour ses doudounes haut de gamme. Pour moins de 300 €, je me suis offert un véritable cocon, extrêmement chaud et confortable. La différence avec le très haut de gamme s’explique par le nombre plus réduit de compartiments à plumes, qui rend moins rapide le ‘regonflage » du duvet et réduit légèrement l’impact thermique du duvet (il se tasse plus facilement).

Pour le transport, mon sac à dos est un 70 litres, un Queshua, pas mal pensé, réglable au niveau des lombaires. Si parfois j’ai eu à souffrir des épaules, c’est plus du fait d’un paquetage mal équilibré. Bon 70 litres pour deux semaines d’autonomie, il était plein à craquer ! J’avais tellement plus de place que j’ai porté des chaussettes dans mes poches pendant le voyage en avion !

Niveau vêtement, ça a été la règle des trois couches. Des sous vêtements chauds : slip et caleçon long en mohair, tee shirt manches longues, une polaire, les waders ou le pantalon de randonnée, une veste étanche et coupe vent de randonnée (doublée). Avec ça je n’ai pas eu à me plaindre du froid, sauf aux mains et aux pieds, tout le temps trempés. J’avais une cagoule pour me tenir la tête au chaud, bien utile !

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J’avais prévu un petit sceau pliant (ça tient dans le poing), du type de celui ci, dans lequel je faisais ma lessive avec un produit concentré et biodégradable. En matière d’hygiène, lavage sommaire mais régulier à l’eau de la rivière, complété là aussi d’un produit spécifique. Pour l’eau, sachant que je me rendais dans un coin où aucun humain n’habite le bassin versant, j’avais pris le parti de ne prendre ni filtre, ni pastille (en fait j’avais oublié ces dernières), je conseillerais plus de prudence, même si je suis indemne et que j’ai juste fait pipi un peu orange, sans doute à cause de l’eau très tourbeuse.

Concernant un aspect moins ragoutant, je ne saurais que trop vous conseiller l’excellent « comment chier dans les bois« , qui aborde le problème sous un angle écologique qui amène à réfléchir.

En matière de chaussures, mes vieilles Queshua ont fait l’affaire, par contre mes guêtres premier prix se sont déchirées dans les branchages.

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Parlons maintenant du nerf de la guerre, aussi important voire plus que la qualité du sommeil : la nourriture. Là je n’ai pas été très performant. Pas tant sur le matériel, une popote réduite au minimum, un très bon réchaud, que sur les aliments en eaux mêmes.

Écœuré  par les plats lyophilisés, j’avais opté pour des soupes, du riz et des pâtes précuits, des bouillons de bœuf pour parfumer, des épices. Si j’ai très vite trouvé monotone mes plats, on ne peut pas dire que j’ai manqué de nourriture, en revanche, j’ai oublié un élément essentiel, le sucre, limité dans mon paquetage à quelques graines et fruits secs, vite consommés. J’ai très rapidement regretté cet oubli. Le sucre est indispensable pour donner le coup de fouet nécessaire lorsqu’on est confronté à des marches éprouvantes ou bien le matin pour démarrer. Par ailleurs, l’oubli de café soluble m’a amené à me gaver d’une tisane écœurante. Tout cela a facilité quelques moments de déprime. Par ailleurs, le manque de diversité des aliments a fait que très vite j’ai réduit mes repas à deux voir un seul par jour. J’ai beaucoup maigri, neuf kilos environ, et certains jours j’avais de véritables hallucinations (bruits de la ville qui s’immisçaient au plus profond de la forêt ou de la tourbière, ligne d’horizon qui se déformait,…). Lors de mon prochain périple, je serais très vigilant à mon stock de produits sucrés !

huuuuum ! et ça pendant deux semaines …

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Photographier, gérer l’alimentation électrique des appareils

Dur de concilier le souhait de garder des souvenirs impérissables de ce voyage, et en même temps de minimiser le poids et le volume transportés. J’ai pris le parti de laisser le Reflex à la maison et de ne prendre que mon bon vieil optio W60.

plutôt que d’opter pour un chargeur solaire, très onéreux si on le souhaite performant, j’ai privilégié l’achat de plusieurs batteries, cartes mémoires et pîles (pour le GPS), soigneusement empaquetés dans de petites boîtes étanches qu’on trouve pour pas cher au vieux campeur. Tous les trois ou 4 jours, j’ai changé de carte mémoire, pour m’assurer de ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier. Je n’ai pas eu à me plaindre de ce choix.

pêcher, deux tubes et un sac à main

Je ne sais pas si j’ai été tout à fait performant concernant le matériel de pêche. Soucieux à l’idée de casser la canne, j’en ai emporté deux… ça fait beaucoup, c’est encombrant. J’avais pris (emprunté en réalité, merci JB et Christophe !), une 9 pieds soie de 6 (Guideline) et une 9 pieds soie de 7 (Sainte Croix), deux moulinets (orvis), l’un monté en soie de 6 flottante, l’autre avec une soie de 7 multitip avec 4 têtes, de flottante à plongeante. Je n’ai pêché qu’avec la soie de 7 équipée de la soie multitip, combo parfaitement adapté à une pêche de vadrouille où l’on pêche des spots très différents (lacs, rivières plus ou moins rapides et profondes). J’ai pêché principalement avec la soie flottante (sèche et streamer en petite rivière) et une plongeante (streamer).

Pour les mouches, j’ai fait dans l’artillerie lourde, principalement des streamers, sur hameçons 4 à 8, souvent très simples, en noir, violet, blanc et rose, chartreuse, seul le violet n’a pas trop marché.

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concernant les sèches, j’ai été mauvais. J’imaginais des poissons morts de faim se jetant sur tout, ce ne fut pas aussi simple. Lors des retombés de bibios assez fréquentes en lac, il a été très difficile de motiver les poissons à monter sur mes grosses imitations de terrestres. En bref, j’aurai du prendre ma boîte de mouches pour les rivières françaises. J’aurai ainsi ajouté quelques moments de finesse dans ce qui fut souvent une pêche assez « brute de coffrage ».

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Mes bas de ligne faisait une longueur de canne pointe comprise, j’en avais préparé une dizaine à l’avance rangés dans une pochette. Pour la pointe, du 22 en sèche au 27°° au streamer … Entonnement je n’ai pas eu de casse !

Pour ranger tout ce petit matériel (auquel s’ajoutaient les indispensables pinces et coupe fil), j’ai choisi le chest pack jmc light. Je passe sur la fragilité récurrente des produits JMC pour retenir les bons points, un produit dont la contenance permet de caser l’essentiel, facile à ajuster et confortable à porter.

voilà, j’ai l’impression d’avoir fait le tour, bientôt je prendrais le temps de faire un petit déroulé photo de ce périple, peu de texte mais quelques images des moments incroyables que j’ai pu vivre là bas !

la transmission

A quel âge il m’a emmené la première fois ? En fait je sais plus, probablement dès que j’ai su marcher et me tenir dans un coin sans être trop chiant, c’est à dire assez tôt au vu de ma nature introvertie et ma capacité à rester en admiration plusieurs minutes devant une grenouille ou l’eau qui clapote. En tout cas, à 5 ans je savais déjà ferrer les gardons, même si, prévoyant, il me mettait un bon 18°° qui permettait à ces derniers un joli baptême de l’air après ferrage…

A même pas 10 ans, je l’accompagnais chez Barberot, aux sources de l’Eclimont, et ses virées mystiques (en plus avec mon instit de CM2 !!) sur l’Allier ou les rivières normandes me fascinaient…

Il m’a tout appris, monter les lignes, l’amorce, les leurres, les esches, les coins, tout sauf la mouche bizarrement, technique qu’il maîtrise pourtant, mais là n’est pas l’essentiel, il m’a transmis la passion. La fièvre qui transforme chaque journée de pêche en successions d’actes irrationnels, celle qui nous pousse au bord de l’eau quelles que soient les conditions  météo, celle qui a fait que dès l’âge de 11 ou 12 ans je passais des journées entières dehors, un montage rudimentaire et quelques criquets avec moi dans les près corréziens…

Il y a le quotidien qui nous dévore, peut à peu je l’ai vu s’éloigner de la pêche, trouver que les rivières ne valaient plus le coup, ne plus se dégager le temps qu’il fallait, limiter la pêche aux vacances. Moi la fièvre empirait, il m’en fallait toujours plus, et c’est auprès d’autres que j’ai appris la mouche…

Alors pour mes trente ans, franchement, je pense que cette matinée au bord de l’Albarine, à 600 km de chez lui, c’est un des plus beaux cadeaux qu’il m’a fait… et de mon côté, en l’emmenant là, j’étais bien conscient qu’il allait faire une rechute. Je crois que je me suis garanti quelques parties de pêche avec lui pour les années à venir !

voilà le fautif, 25 ans après m’avoir inoculé les premières doses ! C’était une journée qui en appelle d’autres…