2011 en images

A la manière de Fanfouet, je me propose de résumer 2011 en quelques images fortes, comme autant d’illustrations de la multiplicité des sentiments qui ont pu m’habiter au cours de cette saison pour le moins contrastée.

tout début mars

Le temps est désespérément sec depuis un mois, si les nuits sont fraiches les journées sont déjà douces. Je n’y résiste pas et j’arpente dès la mi février les berges du Rhône. En plein soleil, vers midi, de grosses gueules happent les premières mouches, les énormes chevesnes ont vite eu le nez en l’air. Je tombe fréquemment sur des bancs de hotus, et, à l’aide d’un gros gammare je réussis enfin à en séduire un. Cette photo est révélatrice de la taille vraiment très élevée des habitants du Rhône. Ce fleuve mal-aimé, corseté, victime de chasses (vidanges violentes) dévastatrices révèle un potentiel incroyable. Je n’ai pas fini de le parcourir.

Mars, un jour de pluie

Première sortie seul, première truite également, quelques minutes avant. J’aime cette image, je suis blotti dans un creux de rocher, sous une frondaison, quelques brindilles dans un renfoncement du rocher, et mon regard se perd dans les flammes. Dans cet instant il y a l’espoir, celui qu’on porte en une saison neuve, malgré l’inquiétude de niveaux bas, celui qu’on porte à la pluie, qu’on souhaite à même de déclencher une éclosion. Peu après, j’assisterais au spectacle magnifique de la fraie de très gros ombres, visibles au début de ce petit film, et je décrocherais deux belles truites, les deux en sèche, sur des coups de lignes compliqués. Je me dis que la saison est pas si mal démarrée…

Avril, pas d’eau

Des niveaux d’été (première photo), et les prières à l’attention du ciel pour que les nuages lâchent quelques gouttes… Sans les pluies de juillet, la mortalité aurait été redoutable. La saison a été profondément impactée par cette météo au beau fixe. De la pêche ultra fine dès avril, une ouverture de l’ombre dans des eaux déjà chaudes, bref, un vrai défi, et la nécessité de préserver au maximum nos partenaires de jeu. Pour ma part, avant l’automne, je ne me suis autorisé qu’une seule cession ombres.

Ton sur ton

L’ami François, son épuisette verte mondialement connue qui se confond avec les frondaisons. Comme chaque année, le temps d’un WE, on se laisse glisser dans la magie des parties de pêche en nymphe à vue à quatre yeux, des traques, des planques, des jurons, des bières à la santé des truites si grosses qu’une fois ferrées si elles se mettent en travers elles bouchent la rivière, des bivouacs où le feu crépite. Une pause dans la course du monde, le temps y passe trop vite mais on en prend la pleine mesure…

Cette année tout de même, changement de programme, on fait enfin quelques beaux poissons, bon on va se mentir, ça change quand même sacrément la tournure d’une cession pêche !

L’horreur est humaine

Malgré mon emploi du temps plus que compliqué, j’ai décidé de me bouger autant que possible. AG, nettoyage, et mobilisation le 14 Mai pour le Doubs. Quelle misère de découvrir des lieux sacrés comme le pont de Goumois, le pré Bourassin, alors que tout crève. Il suffit de se pencher, ombres et truites couverts de mousse, nos rivières et poissons pourrissent… Le chemin du retour est long à se ressasser son impuissance. Je pêche quelques îlots encore épargnés par la pourriture, pour combien de temps, j’ai le droit à combien de sursis ? D’autres derrière moi pourront ils connaître les bonheurs simples décrits un peu avant dans ce texte ?

L’américain

Dans ce contexte d’eaux basses, de rivières surpêchées (les pêcheurs du Doubs et de la Loue ont migré vers des cieux plus cléments…), je reçois le temps d’une journée un ami de Christophe (Clema74), Aaron Jasper, guide de pêche américain. Choc des cultures, lui boit du coca et du red bull, moi j’avais apporté le petit vin dont le choix a été longtemps réfléchi, les pâtés, les saucissons…. Je pensais être un fondu de pêche, là c’est un autre monde, ce type est un barge ! Incroyablement bon pêcheur, il réussira à tirer son épingle du jeu dans des conditions de pêche infernales… La taille de nos ombres l’a estomaqué ! En revanche il a été plus que choqué de l’attitude désinvolte d’une famille venue barboter dans ses bottes, un comportement inimaginable pour un pêcheur américain.

La truite qui aimait les chamois

J’aime cette photo, je l’ai choisi plutôt que d’autres prises, parfois plus grosses, car il me semble qu’elle illustre très bien la saison 2011. De beaux poissons,, pas forcément monstrueux mais pris régulièrement, sur des mouches extrêmement simples. Je me suis contraint à la plus grande simplicité dans le montage, à des imitations très épurées, et j’ai l’impression que ça a payé….

Coup du soir

2011, c’est la première saison depuis 4 ans où je ne travaille plus dans l’Ain. Adieu les possibilités de coups du soir sur ma rivière de cœur. Des horaires de malade, un éloignement de mes spots habituels, une météo résolument tournée vers la sécheresse, m’ont presque convaincu que les coups du soir après le boulot sont un lointain souvenir…

Et puis il y a ce coup d’eau de juillet, les journées sont longues, le matin plutôt que le train je privilégie la voiture, charge le coffre et le soir je file vers la Gère… A peine 1h30 de pêche, mais des truites le nez en l’air, et ce bonheur indicible d’être les pieds de l’eau, de lutter avec la nuit qui tombe pour distinguer sa mouche, soudain la voir disparaître…

Colorado, août 2011

Vacances de rêve, quelques cessions pêche, et puis dans cet affluent du Rio Grande prospecté au fil, la soie qui s’arrête, la sensation de lourdeur et tout qui s’enchaine, lutte entre le poisson et le pêcheur, je cavale après la truite, écarte les branches, et finis par aller chercher la truite à la main après que cette dernière se soit calée sous une berge… j’aime cette image, j’admire le poisson encore quelques instants, il faut vite la laisser repartir…

Lamar River

Souvenir cuisant de cette rivière, avec deux poissons qui m’ont ouvert l’hameçon. Pourtant, cette image me transporte complètement, peut on rêver plus beau cadre ? Merci à ma douce pour ce cliché rare qui immortalise un instant précieux… C’est une madeleine de Proust, une douceur que je vais longtemps déguster, peu à peu elle perdra de sa saveur, il faudra donc que j’y retourne !

ogive dorée

Les barbeaux me fascinent. C’est seulement le deuxième que je prends, mais j’ai adoré ce coup de ligne. Le poisson posté dans un courant, à la sortie d’un goulet, la nymphe légère qui rencontre le léger frémissement du poisson… En 10°° s’il vous plait !

Deux initiales, BB

Jérôme et sa douce reviennent quelques jours en France, avec son papa, son frangin, JB, on se retrouve à Trept. Les arcs sont sur stressées, leur comportement aberrant me gonfle, très vite, je me focalise sur les back bass, c’est derniers sont incroyablement méfiants. Je mettrais 3 heures à percer le secret. Il faut lancer près du poisson visé, mais ne surtout pas animer… Alors, avec un peu de chance, le poisson vient cueillir l’imitation du bout de la gueule… La suite ne se raconte pas. J’aurais le droit aux faveurs de 4 poissons. Je suis mordu, la passion pour ce poisson ne fait que démarrer.

fous de pêche

François et le Nico, rien n’arrêtera notre quête du hot spot !

Bonne saison 2012 à tous, j’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à arpenter la berge, prenez soin de relâcher vos prises, et redoublez d’attention pour le milieu qui les abrite…

Wild West 2011

Des années que nous attendions de nous l’offrir ce grand et beau voyage ! Après des semaines de calculs de budget, de simulation Internet, de respiration suspendue à l’attente des autorisations de congés nous voilà dans notre 43 m² lyonnais à remplir deux sacs de randonnée pour trois semaines de périple dans le Grand Ouest américain …

On est aidé dans les préparatifs…

L’Ouest américain, peu de lieux résonnent aussi doucement à l’oreille d’un pêcheur. J’avais beau savoir qu’août, comme en France, est la pire des périodes, difficile de concevoir de partir sans canne… Après des négociations serrées, le périple est redessiné afin de me rapprocher de quelques rivières mythiques. A vrai dire, j’ai du mal à préparer tout ça, faute de temps, et j’ai surtout les pires difficultés à me projeter outre atlantique. Drôle de sensations que de savoir que du rêve on va passer dans quelques jours à la réalité, c’en est presque vertigineux.

En urgence je monte quand même quelques mouches et surtout refais à neuf deux bas de ligne, sur deux soies et deux bobines, histoire de passer vite de l’un à l’autre.

Le premier sera très long dans l’esprit de ceux avec lesquels je pêche l’Ain ou la Bienne (pas loin de 3 longueurs de canne). Ce que je lis des miroirs de la Henry’s Fork me laisse à penser que la plus grande discrétion sera de mise si je veux tirer mon épingle du jeu.

Le deuxième est beaucoup plus court (1 à 1,5 fois la longueur de canne selon la pointe), et me permettra de passer de la nymphe lourde à la grosse sèche en rivières rapides, dans l’esprit de l’image que je me fais de la pêche là-bas.

J’en profite pour tester l’astuce dont m’a fait part François, à savoir un minuscule anneau pour faire le raccord bas de ligne / pointe, et je dois avouer que l’essayer c’est l’adopter. Je vous file le lien parce que je suis sympa

http://www.pecheur-du-net.fr/soie-et-bas-de-ligne/349-anneau-pour-bas-de-ligne-mouche.html

Je vous passe les détails sur le grand confort du voyage quand on fait 2 mètres pour directement atterrir à Denver, c’est là que commence l’aventure. Ce que je vous propose c’est de faire le récit partie de pêche par partie de pêche, au plus près des émotions que j’ai pu vivre, avant de finir par un chapitre un peu plus général qui j’espère pourra vous aider si vous souhaitez partir à votre tour.

Le Yellowstone

Après deux jours à Boulder, charmante ville au nord de Denver, au pied des Rocheuses, à la fois yuppie et un brin hippie, plutôt en avance en matière de développement durable, nous partons vers le nord-ouest.

nouveau quartier à Boulder, ça me rappelle mes voyages d’études à Fribourg en Allemagne !

Dès la grande conurbation de Denver passée, nous voilà enfin dans le Grand Ouest. La route dépasse nos espérances, une ligne de bitume file au milieu de paysages immenses… quel pied !

Notre but ? le mythique Parc National de Yellowstone. Tout a été dit sur ce parc, on le décrit pour sa surfréquentation, on dit que c’est surfait, que c’est un parc à thème… Mon opinion, c’est que c’est tout simplement à tomber à la renverse. Dur de trouver les mots, immensité des paysages, diversité de la faune, et surtout, quelques kilomètres à pied vous donne l’impression d’être seuls au monde.

En effet, sans tomber dans la caricature, on ne peut pas dire que l’américain soit randonneur. Si les quelques routes qui sillonnent le parc sont très fréquentées, les sentiers de randonnées sont absolument déserts. J’en veut pour preuve une randonnée de 15 km, qui, au vu des registres d’enregistrement au départ de la randonnée (histoire de comptabiliser ceux qui se font dévorer par les ours !), n’accueille qu’un couple de randonneurs par jour !

En matière de logistique, je reviendrais plus en détail dans le chapitre ad-hoc sur le logement, les permis, les facilités, je propose qu’on se concentre sur la pêche.

Le Yellowstone n’était pas la destination pêche du séjour. J’avais repéré la Slough Creek, au nord du parc, affluent de la Lamar River, elle même affluent de la Yellowstone.

La Yellowstone est la plus importante des rivières du parc, naissant dans un immense lac au centre du parc, elle est très rapidement une très puissante rivière, alternant de vastes méandres lents et des parcours rapides où la rivière donne toute sa puissance. Je vous propose quelques clichés :

Le lac, les fumeroles sont autant de geysers en bordure du lac

à la sortie du lac, c’est déjà une rivière extrêmement puissante

ensuite, la rivière traverse de superbes prairies d’altitude, paradis des bisons

La rivière s’enfonce ensuite dans une série de gorges, passant par les chutes dont vous avez probablement déjà vu des photos

Bref, c’est pas de la rivière pour fillettes, et j’ai beau pêcher les 100m de large de la rivière d’Ain toute l’année, là, j’ai pas osé tenté. Direction donc la Slough Creek. Apparemment je suis pas le seul au courant qu’elle est sympa à pêcher, parce qu’il y a foule. On prend donc les sacs, bombes au poivre anti-ours à la ceinture, et on part en rando pour aller vers la partie haute.

En même temps qu’on gravit la montagne, l’orage décide de faire de même. Je blêmis alors que le ciel noircit…

On arrive avant les gouttes (de peu !) sur une section qui ressemble plutôt bien à ma définition du Paradis, au cœur d’un écrin de montagne, de forêts de pins, une rivière méandre dans des prairies grasses…

Par contre niveau activité, c’est zéro. J’ai choisi la Slough parce que c’est une rivière où les cutthroat, l’espèce endémique des montagnes de l’Ouest, sont encore largement dominantes. Réputées avoir le nez en l’air et le gobage facile, elles semblent, alors que le vent se met à hurler dans la vallée, résolue à rester le museau dans la vase.

Entre les vaguelettes créées par le vent, j’ai pourtant bien l’impression de voir deux ou trois gobages, mais dur de voir ce qu’il y a à manger sur l’eau.

gobage dans un méandre abrité du vent !

Je finis par distinguer de minuscules éphémères clairs, presque blancs, je me retrouve à devoir résoudre l’équation à plusieurs inconnues qui consiste à pêcher très fin, avec un long bas de ligne, avec le vent dans le pif et la foudre qui se rapproche méchamment.

Je prendrais enfin ma première cutt, en pleine eau. Je m’attendais à une poisson plein de couleurs, elle est toute grise, après quelques prises, je me rendrais compte que c’est le fait des jeunes.

Je prends ensuite un poisson un peu plus gros, la gorge légèrement orangée. La défenses de ces poissons est hyper énergique. Fait notable, je pensais que les cutthroat avaient un comportement proche des arcs, en fait, mis à part la première riquette en pleine eau, j’ai pris et vu les autres sur des postes typiques de fario. Souches, obstacles, bordures, c’est là qu’elles se tiennent.

C’est quand même pas bien gros, et en plus, le vent se renforçant, je foire lamentablement un superbe gobage sur un coup hyper difficile au milieu des branches et au ras des herbes de la berge. Je m’arrête à plusieurs reprises car les premières averses violentes se déclenchent. A chaque arrêt les gobages redoublent, mais le vent me fait devenir chèvre. Au bout d’une grosse heure de pêche, la foudre tombe à moins de 100m, il faut se sauver en vitesse, la sensation de faire paratonnerre avec mon fleuret de carbone n’a jamais été aussi évidente !

Ma compagne randonne sur le chemin du retour aux côté d’un Alexis bougon. Toujours râlant et pestant sur le fait que je suis le plus malheureux du monde je jette un œil sur la Lamar River que l’on longe au retour en voiture… J’ai choisi mon point de chute du lendemain !

La Lamar, on monte encore d’un degré dans l’image d’Epinal. Au fond d’une vaste vallée à fond plat, la Lamar déroule ses méandres aux eaux un poil piquées, tandis que les bisons vous regardent d’un oeil torve…

En matière de cadre, je ne suis pas sûr de revivre ce genre de situation de sitôt :

Niveau pêche, c’est plus proche de ce que je connais près de Lyon. Un rivière large, puissante, avec des bordures à se damner, où ça pue la truite du kg tous les 10m. A peine la canne montée, je regarde une belle truite grasse comme un cochon se dodeliner sous 1m de courant très puissant… J’ai pas assez lourd pour la tenter… Je regarde la bordure et crois voir un gobage. J’attache un parachute qui imite tout et même n’importe quoi et je remonte la bordure. Devant moi, deux américains me coupent le spot en traversant la rivière. Je m’attendais à plus de courtoisie de la part des pêcheurs US, qui apparemment ne sont pas très sensibles à la notion de remontée de bordure à pas de loup…

Je fais comme ça une centaine de mètres, comme la veille, le vent se déchaîne, et dans cette grande plaine il s’engouffre en rigolant de mes lancers. Je commence à me croire maudit. Ma compagne, après s’être planquée dans les herbes du fait d’un bison faisant son picotin à 20m d’elle, reprend suffisamment ces esprits pour me signaler un rond près de la berge.

le bestiau après le picotin

Je redescends la rivière, me positionne en face de l’endroit indiqué, et finit par voir LE museau, qui émerge de l’eau, régulièrement. Je lance, galère avec le vent, puis d’un coup c’est comme dans un film :

la mouche longe la berge…

… le museau émerge…

… le fil se tend …

La lourdeur, la gerbe d’écume…

pendu !!!!!!!!!!!!!!!

A ce moment là, j’ai vraiment l’impression d’avoir attrapé la queue du Mickey, baston toute en lourdeur, le poisson utilise sa masse et prend le courant, confiant dans le 15°°, je bride comme un âne. Je la vois plusieurs fois, c’est une explosion de couleurs, flancs presque rouges, couleur dorée dominante, je m’y vois déjà vous imposer ma joie plein ma tronche avec la truite portée légèrement au dessus de l’eau…

Oui mais non, non, renon, les américaines ont de la ressource, on dégringole tous les deux vers un secteur rapide et j’ai moyennement envie de partir pour 100m de course derrière le poisson. Je bride, je bride,

et puis d’un coup plus rien… merde, comment ça plus rien ! C’est quoi ce bordel, qu’est ce qui déconne dans mon rêve américain ?! Ben hameçon ouvert en fait. Ces américaines sont vraiment des tracteurs !

Après une bordée d’injures entendue de ma seule compagne et des bisons, je change de rive et repars pour la gloire. Le vent m’empêche de poser la mouche où je veux, cette dernière se posant à 1m de la berge quand je veux la longer. D’un coup, une grosse masse se décroche du fond, monte, monte, monte et plop pendu !!!!!!!!!!!!!

Même type de gros poisson gras qui utilise sa masse pour ne pas rejoindre la surface, et même dénouement, hameçon ouvert….

Le vent se déchaine, il faut rentrer, l’école US est plus rude que ce que j’imaginais…

Nous croiserons encore quelques belles rivières en quittant par l’ouest le Yellowstone, en particulier la Madison, mais le bilan est bien maigre pour ces deux parties de pêche. La frustration, le sentiment d’échec, conjugués à la beauté des paysages et aux poissons décrochés font que je suis déjà taraudé par une méchante envie de revenir !

La Henry’s Fork

Là, il s’agit de mon caprice, de ce pourquoi je me suis roulé par terre. Il faut dire, il fallait le vendre ce détour au fin fond de l’Idaho, quand les soit disant grosses villes sur la carte sont des bleds comme Ashton où les bâtiments les plus hauts de la ville sont les silos à grains et où les vitres des commerces de Main Street sont couvertes de la poussière des endroits qui meurent tranquilles en marge du monde… Non mais je déconne pas, je vous montre parce que vous avez pas l’air de vous rendre compte :

Je fais un détour par le Fly shop, où le gars va me vendre, parmi un bordel innommable de mouches, de cuillers en tout genre, des imitations “vertes parce que c’est la couleur qui marche” dont je ne me suis jamais servi tant elles me semblaient juste dix fois plus grosses que ce qu’il y avait sur l’eau.

On dort au bord de la Warm River, rivière superbe où je prendrais quelques petites arcs au milieu des bouées et pêcheurs au lancer… C’était chiant en fait. D’autant plus qu’évidement, passé 17h, le vent s’est déchainé et l’orage a éclaté.

Le lendemain, on va pas n’importe où, c’est ma journée pêche, celle que j’ai préparé 8000 km plus loin sur le net, direction le Harriman State Ranch. Une section de plusieurs miles de no kill, un ranch donné par un riche cowboy à l’État. Depuis c’est une “National Forest”, espace naturel protégé (un peu moins contraint qu’un National Parc, nous en avons croisé énormément lors de notre séjour). C’est aussi le secteur comme annoncé le plus difficile, là où les poissons sont retords à souhait. Ca fait bizarre de se retrouver face à une légende, j’ai tellement de récits sur ce cours d’eau, j’ai du mal à y croire. La rivière est très large, semble courir lentement. Les fonds sont sublimes, des graviers, quelques grosses pierres basaltiques, des herbiers partout. Je me rends compte que les photos parleront bien mieux, c’est juste à se damner.

C’est donc emprunt d’un profond respect, et avec le pas mesuré d’une grenouille de bénitier, que je rentre dans cette cathédrale… Malgré la clarté de l’eau, impossible de pêcher en nymphe à vue. Je saurais pas vous l’expliquer, est-ce la nature des fonds, les milliers de microcourants imperceptibles, la lumière ? Toujours est il que pas une fois je n’ait été en mesure de distinguer une truite dans l’eau.

Pendant une heure trente, j’ai pu admirer la faune, parce qu’on peut pas dire qu’il se passait grand chose.

Castor

petit échassier

pélicans (ne pratiquant absolument pas le no-kill !! assez impressionnant à voir à l’œuvre)

un jeune élan ! c’est pas très discret comme bestiole, ce dernier avait l’air de se repaître d’algues tendres

Quelques très rares gobages me font aller d’une rive à l’autre. Les poissons sont insaisissables, les truites ne sont apparemment pas en poste, mais semblent piocher de ci de là, sans circuit précis. Hormis un guide et son client 300 m en aval je suis étonnement seul en cette belle matinée.

Je finis par cerner un gobage régulier, en pleine eau. Un vent léger est déjà de la partie. Je passe ma boîte à mouche sur le gobage, pour finir en 10°°, et une minuscule bi-aile en cul de canard sur hameçon 22. Enfin l’imitation est happée, ferrage, aussi sec la truite bondit hors de l’eau ! Je viens de ferrer une ogive qui dévale le courant à fond de train. En revoyant les photos prises par ma compagne, je me rends compte à quel point je subis !

Alors que je pense la partie prête à être gagnée, le poisson remonte l’intégralité d’un herbier avant de s’enrouler autour d’une pierre. Je vois la truite coincée un temps, avant que mon approche suffise à lui donner l’énergie qui brise mon bas de ligne… J’ai vraiment la guigne. C’était une superbe arc de plus de 50 cm, avec un magnifique liseré rose…

Je refais ma pointe pendant que l’activité augmente. La rivière est vite recouverte de mouches, c’est assez impressionnant. Je finis par trouver la mouche qui marche, une petite émergente noire de ma confection, qui va me permettre d’aligner plusieurs arcs hélas de dimension modeste, mais alors quelle puissance !

Je finis par prendre un poisson plus correct qui me fera une série de chandelles hallucinantes !

L’activité cesse au bout d’une grosse heure. Le reste de la journée je ferais chou blanc. Comme les autres jours, l’orage bourgeonne dès 16h, et même s’il n’éclate pas pîle au dessus de ma tête, le vent et le rafraichissement qui suit annule tout coup du soir digne de ce nom. Je me prends la tête en fin de journée sur des poissons qui semblent être sur des émergentes de sedges, mais même si j’arrive à faire monter quelques poissons, je suis incapable d’en ferrer une seule. Je ne sais pas ce qui ne fonctionnait pas…

Sur l’ensemble de la journée, le bilan n’est pas si mal, surtout au vu des conditions météo et de la réputation de la rivière. Je retiendrais que la pêche aura été très proche de celle que je peux connaître de l’ombre sur la rivière d’Ain. Long bas de ligne, dérive aval sur des poissons regroupés dans les courants. Je n’ai pris qu’une truite en dérive amont. Toutes les autres, c’est en faisant descendre ma mouche en premier.

Il est temps de partir de ce bout de Paradis, mais rien qu’en écrivant ces lignes, je ressens les odeurs du sous-bois le matin, l’herbe mouillée, la lumière, les coups de tête de la première truite… Je veux revenir !!

Nouveau Mexique

Après cette journée consacrée à la pêche, place au tourisme, nous filons plein sud, à travers les immensités de l’Idaho, de l’Utah, puis de l’Arizona… La petite maison dans la prairie cède la place à OK Corral.

les paysages s’assèchent…

On passe une journée dans le Grand Canyon, l’immensité comme horizon

Le Colorado a taillé ce gigantisme de la nature

Monument Valley, terre sacrée des indiens

On s’approche du Nouveau Mexique, terre de soucoupes volantes, de hippies, mélange des cultures américaines, espagnoles et indiennes.

Vous comprenez pourquoi on appelle cette chaine de montagne les Sangre de Christo ?

Nouas passons deux jours à Taos, jolie ville en adobe (sorte de pisé), au contact entre un vaste plateau aride que déchire en une profonde gorge le Rio Grande, et une haute chaine de montagne.

Le Rio Grande et ses énormes farios est l’attraction n°1 de la région de Taos mais suppose une journée dédiée (ce que ma compagne ne m’accorde pas, surtout que les bords de rivières sont parait il saturées de moustiques, dixit la représentante de l’office de tourisme ! Bref c’est invendable). Nous préférons prendre de l’altitude et le frai en partant à l’assaut de la montagne. Je prends une canne pendant que nous entamons une grande randonnée dans les Sangre de Christo. Comme dans beaucoup d’endroits déjà traversés, l’altitude joue un rôle déterminant. A mesure qu’on s’élève on quitte le désert pour traverser une forêt sèche puis se sont les grandes forêts de pins et nous voilà presque dans les Alpes.

La randonnée nous fait suivre un petit ruisseau. Les castors, bâtisseurs infatigables, ont créés des séries de retenues où les petits saumons de fontaines, les brook trouts, prospèrent. La pêche est agréable, plutôt simple, seulement gâchée par quelques vilaines arcs de bassinage…

Le but de la rando est un lac, au milieu des pins. Je finis par repérer, en bout de l’étendue d’eau, là où de gros troncs sont amoncelés, quelques gros poissons qui patrouillent. Je foire un magnifique saumon de fontaine en nymphe, avec le vent et les rides sur l’eau, je n’arrive pas à voir quand les poissons prennent.

Ensuite, je me fais humilier par deux grosses farios qui gobent de manière aléatoire au cours d’un circuit à travers les souches… Impossible de faire se décider les poissons dont la plus petite devait faire le kilo. Je finis ce tour d’honneur du lac par un four magistrale sur une arc que n’aurait pas dénigré Catch Magasine. Bref je redescends dans la vallée d’une humeur assez massacrante. Avec le recul, je me rends compte que j’ai sous estimé ce genre de sortie de pêche, croyant que montagne+USA=pêche facile. En réalité, j’aurais du descendre en 10°° et pêcher avec de toutes petites nymphes ou des émergentes. Tant pis pour moi.

Le Colorado

Avant de nous envoler pour San-Francisco depuis Denver, pour des vacances plus urbaines, nous décidons de passer 3 jours dans le sud du Colorado, en plein cœur des Rocheuses.

On part un peu à l’aventure, et nous voilà en train de remonter le Rio Grande, quitté plus tôt dans le Nouveau-Mexique. Après le désert des plateaux d’altitude, nous voilà dans un superbe paysage de montagne, en plein cœur des Rocheuses.

Les villages témoignent de leurs passés miniers

On se trouve un chalet pour trois francs six sous, enfin un peu de confort après des jours et des jours de camping !

Le Rio Grande coule non loin, mais une part importante du linéaire est privé. J’ai croisé un nombre de panneaux “no trepassing” assez important ! Toutefois, la rivière traverse quelques sections de National Forest, accessibles au public. Là encore, difficile de passer à côté des règlements, chaque accès public fait l’objet de panneaux, qui rappellent que l’arc en ciel est en no kill et que les farios de plus de 12 pouces (plus de 36 cm, ça laisse songeur hein ?) doivent être remises à l’eau, que seules deux truites doivent être gardées.

Je me trouve un accès sympa, le long d’un “camping” (je reviendrais sur le concept de camping plus tard) paumé. Le premier soir, je fais un bide. Une énième fois, un orage a éclaté, la température a chuté de 10° et pas une mouche ne vient agiter l’eau.

J’en profite pour regarder le paysage, la rivière me fait penser à la Dordogne, une rivière puissante, une eau noire qui roule sur de gros blocs de rochers…

Le lendemain, je pêche le matin, toujours pas d’activité, et un orage énorme monte dans le ciel, avant midi, il éclate avec une violence inouï. Un guide en rafting arrête son esquif et se réfugie sous un pont. La foudre tombe si près que l’on sent la terre vibrer… Il faut filer !

L’après-midi, l’orage se calme, j’en profite pour demander au propriétaire des chalets si je peux pêcher la rivière qui traverse son ranch, un affluent du Rio Grande. Le petit vieux, adorable comme la plupart des gens rencontrés au cours de ce périple, me dit que oui, me rappelant que son parcours est en no-kill.

J’attaque en sèche, rien ne se passe. Je décide de passer en nymphe, et sors de ma boîte les mouches que m’a donné Aaron Jasper, guide de pêche US, et ami de Christophe (Clema74), que j’ai accompagné une journée sur la Bienne lors de son périple en France.

Je n’ai pas vraiment l’habitude de pêcher au fil, mais à la première dérive, je prends une petite arc de 15 cm, que je remets vite à l’eau même si j’aurais voulu vous montrer l’explosion de couleurs des jeunes arcs. Ça me rassure également sur le fait que la rivière accueille au moins pour partie des poissons sauvages.

Quelques mètres plus haut, je prends une petite fario, toujours au fil.

Je redescends pour me positionner sur une fosse déjà explorée en sèche. Je lance légèrement en amont d’un bloc rocheux qui sépare la rivière en deux courants. J’ai vite l’impression d’accrocher, je lève la canne pour me libérer, et là… drôle de sensation, ça bouge doucement, puis obstinément, j’ai ferré un monstre ! La truite va sauter deux fois, et j’ai du mal à en croire mes yeux, puis le poisson dévale la petite rivière, moi derrière. S’en suit une bataille de chiffonniers, après mes déboires sur la Lamar River, je ne veux rien lâcher. Le poisson part des branches, que je lève une par une, après 20 m dans de tous petits courants, elle disparait sous la berge, ce sera son erreur, puisque c’est là que j’irais la chercher, à la main !

Ce n’est pas super beau, mais je tiens ma plus belle truite à ce jour !

On voit bien la nymphe d’Aaron au coin de la gueule du poisson !

Je suis sur un nuage, il est là mon rêve en barre, ma truite américaine. Comme il était dit que c’était ma journée, le soir, sur le Rio Grande, j’ai enfin droit à un coup du soir, le dernier et surtout le seul du séjour. D’abord timides, les gobages remplissent bientôt la rivière, les petits sedges clairs ont en effet couvert la rivière.

Je prends d’abord quelques petites farios, puis je repère le gobage au dessus d’un gros bloc. Je serais encore capable de me souvenir de chaque seconde de ce combat au fond de cette vallée du Colorado, après la grosse arc, la belle fario américaine, je suis comblé !

regardez moi ces battoirs !

Matos, permis, fly-shops et facilities

Pays de cocagne que sont les USA pour le pêcheur. Globalement, tout est fait pour nous rendre la vie facile. Dès qu’une rivière n’est pas loin, chaque localité a son ou ses fly-shops, avec une diversité de produits assez impressionnante. Il est facile d’y trouver du matos, les permis ad hoc, et les informations nécessaires pour aborder les rivières. Certains magasins sont exclusivement pêche à la mouche, mais dans les petites localités ont trouve des magasins plus généralistes qui vendent également des leurres (là aussi quelle diversité) et des appâts.

J’ai acheté des supers chaussures de waders Sims pour peut être deux fois moins cher qu’en France. Le matériel est globalement moins cher si l’on s’en tient à la parité des monnaies (1$=1€) mais en plus, je suis parti alors que le dollar était très faible. Du choix et des prix, pensez y si vous vous rendez là bas, mieux vaut prévoir le coup et céder à la tentation une fois sur place.

fresque au sol, devant l’entrée d’un fly-shop de Boulder, Colorado

les fly-shops sont parfois très roots, ça participe à l’atmosphère !

Concernant les permis, c’est vraiment peu onéreux, de 9 à 22 $ la journée, sachant que les jours suivants sont facturés moins chers,et qu’il existe la plupart du temps des formules à la semaine, au mois, ou à l’année (très vite rentable).

Dans le détail :

– Le Yellowstone : à cheval sur trois états, pour 80% dans le Wyoming, pour le reste entre le Montana et l’Idaho, il existe un permis unique (les permis d’état ne sont pas valables). Le permis coûte 15 $ la journée, 20 $ pour une semaine, et 35 $ pour une saison. On trouve les permis dans les différents postes de garde qui émaillent le parc. En prime, vous recevrez un dépliant très complet sur la répartition des différentes espèces et les régulations qui peuvent parfois être propres à chaque rivière. De manière générale, les espèces endémiques, et particulièrement la cutthroat, sont en no kill, tandis qu’on est plutôt incité à faire du sushi de fario et surtout de bull trout (grosse truite de lac grise, originaire du Canada notamment). Les rangers se feront un plaisir de papoter pêcher avec vous.

– l’Idaho : le permis journalier pour un non résident coûte 12,75 $, 6 $ les jours suivants. Tous les prix sont ici.

Au passage, un intéressant site avec les éclosions sur la Henry’s Fork en fonction des saisons.

– Le Nouveau-Mexique. C’est le permis journalier le plus cher que j’ai rencontré, 22 $. J’ai du mal à vous trouver un site facile d’accès avec le prix des permis, sur le site du Fish and Game c’est un peu le bordel, je retrouve pas mes petits mais encore une fois il suffit de pousser la porte d’un fly shop pour avoir accès à toute l’info.

– le Colorado. C’est le permis le moins cher de mon séjour, 9 $ pour une journée. Les infos sont.

Hormis dans les parcs nationaux, les droits de pêche sont gérés au niveau fédéral (état). Dans tous les cas, il est possible d’acheter son permis en ligne. Personnellement, je vous invite à regarder sur les sites fédéraux les lieux de vente, puis à acheter votre permis sur place. Vous perdez 30 minutes, mais vous avez plein d’info et en plus c’est l’occasion de faire le plein de mouches.

Location de voiture :

Je recommande chaudement pour la location de voiture www.autoescape.com. On a eu aucun problème avec ce site, dont les tarifs prennent en charge la franchise (on a donc un prix tout compris). Il s’agit d’une vraie assurance tout risque en cas de carton. En revanche, sur place, nous avons repris une assurance (moins de 75€ pour deux semaines) pour le genre de pépins qu’on peut croiser en fréquentant des pistes, à savoir crevaison, vitres cassées, panne d’essence au milieu de nulle part. ceinture et bretelles, mais pour ma part je suis plutôt du genre prudent flippé.

Nous avions réservé un petit 4*4, mais ce dernier étant indisponible voilà avec quoi nous nous sommes retrouvés pour le même prix !

hébergements

On trouve de tout aux USA, depuis le camping vraiment roots jusqu’à l’hébergement de très haut standing. C’est valable y compris dans les parcs nationaux, où l’on trouve des hôtels de grande classe.

Pour notre part, nous nous sommes cantonnés aux campings, à quelques motels, à une location de petit chalet dans le Colorado. Voici quelques idées de prix.

Dans les parcs nationaux et les national forest, vous trouverez des campings très peu onéreux, de 12 à 16 $. A ce prix là c’est spartiate. Pas de douches, les toilettes se résument à une cabine (propre, toujours) au dessus d’une fosse septique. En revanche tous les emplacements que nous avons croisé comportaient :

un emplacement tente aplani, en gravier (faut s’il faire mais c’est pas mal), une table et des bancs, un foyer en dur pour le feu, avec une grille.

Le principe est simple, pas de gardien, à l’entrée, des enveloppes, vous mettez le montant correspondant au nombre de nuits dans l’enveloppe, que vous laissez dans la boîte aux lettres, vous gardez une sorte de reçu, que vous pincez à un poteau devant votre emplacement. Attention, dans le parc du Yellowstone, on ne peut prendre sa douche qu’à deux endroits (Grand Village et Canyon Village). C’est toute une logistique, il faut prévoir parfois plus de 100 bornes de voiture, autant penser aussi au linge sale ! A condition de venir tôt (dans la saison ou le matin) pour être les premiers, je conseille vivement le camping le long de la Slough Creek, 26 emplacements aux portes du Paradis !

Je passe sur les motels, pour parler rapidement des chalets. On trouve pas mal de location de cabines, de petits chalets, souvent c’est cher (plus de 150 $ la nuit), mais on trouve, comme nous dans le Colorado, des choses à moins de 70 $ la nuit pour une vraie petite maison tout confort. Quand on a pas pris de douche pendant 3 jours ça fait vraiment du bien !

Si je devais donner un conseil en matière d’hébergement, ce serait le suivant. Avant de partir, lister les possibilités d’hébergements (certains sites sont à plus de 100 km des premiers hébergements !!), mais ne réservez qu’à quelques étapes clefs (à l’arrivée de l’avion, avant de partir, …). Pour le reste, voyez sur place. Ce pays est immense, il est difficile depuis la France d’anticiper le temps consacré au déplacement entre deux étapes, et puis il faut penser à la météo. Si les conditions sont mauvaises, bougez, les possibilités de pêche se comptent par millier dès lors que l’on est un peu mobile. Bref, j’invite à la débrouille sur place, dés fois c’est un peu galère, et le risque de passer une nuit dans la voiture à lutter contre les moustiques existe, mais vous aurez plaisir de discuter le bout de gras avec un patron de motel délabré au fond d’un bled improbable plutôt que d’avoir réservé au chaud devant l’écran votre hôtel de chaîne probablement très loin de là où vous pensiez pêcher.

en vrac

Dans les Rocheuses, grizzlis et ours noirs sont fréquents. C’est pénible pour le portefeuille mais j’incite vraiment à acheter une bombe au poivre, vendue ans tous les magasins d’extérieur et dans les boutiques des parcs. C’est un spray à l’odeur dissuasive. Les accidents sont fréquents, autant se prémunir. vous verrez dans tous les campings les instructions à suivre. De manière générale, ne laissez jamais trainer de nourriture. Nous avons pour notre part vu un ourson se balader en plein camping, reniflant de ci de là les tentes. Beaucoup de randonneurs américains ont des clochettes à leur sac. C’est pas bête, l’ours est plutôt trouillard et va fuir à l’arrivée de l’homme, encore faut il qu’il l’entende. Les accidents sont très souvent liés à des animaux surpris.

Concernant la nourriture, tout ce qui est produit transformé est globalement pas génial. Les grandes surfaces sont joliment achalandées, mais tout est calibré, c’est limite angoissant. Dans les pubs et restaurants, on serre une cuisine roborative et pas trop chère, parfois même très bonne (boeuf bio, hamburger au cerf !), mais globalement c’est pas très diversifié. En revanche, si vous êtes amateur, je vous invite vraiment à tester les différentes bières. La micro brasserie a le vent en poupe, et derrière les majors insipides (Coors, Budweiser), on trouve quelques bières fantastiques. On note deux influences, anglaise évidement, et belge, de plus en plus prisée (le Belgian style marqué sur pas mal de bouteilles).

Conclusion

Ma cession de pêche américaine c’est limitée à six parties de pêche, entre 2h pour les plus courtes, et une journée pour la Henry’s Fork. J’en garde un souvenir inexprimable, c’est la pêche comme vous en rêvez au plus profond de vous même. Je suis sûr de revenir, je suis déjà en train d’échafauder des plans pour un voyage 100% pêche, et par ailleurs je me suis juré de partir au moins 10 jours avec mon père pour sa retraite, dans quelques années.

La pêche a été difficile, mais le potentiel des rivières parcourues n’a pas de commune mesure avec ce que je connais en France. Je retiens pèle mêle de ce voyage la beauté des paysages et des rivières, la taille des poisson, les facilités de pêche, au sens large (accès aux informations, renseignements, infrastructures, matériel), et la gentillesse des américains.

Bref, I WILL BE BACK !

PS : si vous voulez des infos complémentaires, n’hésitez pas à me faire part de vos questions.

PS II : une petite vidéo de ce séjour

http://vimeo.com/28539424

quelle drôle d’année…

Pas une goutte, ou presque, entre l’ouverture et la mi juin…

Dès avril, une pêche ultra fine, très difficile, sur des poissons très sollicités du fait du regroupement des pêcheurs sur les rivières encore valables…

En mai, la Bienne me lâche enfin quelques jolis sujets, je baptise la Fishbone que m’a fait Eddy (www.fishboneshop.be) par ce superbe fish, ma plus belle à ce jour, en sèche en plus !

C’est aussi les premières sorties ombres, mais j’ai pas le coeur, l’eau est trop chaude, et puis ils s’en sont tellement pris plein la tronche, j’y retournerai en septembre…

La pluie tombe enfin, au boulot les problèmes s’amoncellent. Je laisse les rivières reprendre des forces (la Bienne passera de 2,2mcubes à plus de 160 !). Et puis les grosses pluies laissent place à un régime d’averse et la température remonte, la lumière qui filtre à travers le ciel lourd me fait enfin décoller de mon siège pour mon premier coup du soir après le boulot depuis ma prise de poste en septembre.

La rivière roule des eaux grises et hautes, les berges sont vides de pêcheurs. 2 heures de bonheur simple, moi et quelques truites joueuses…

Alors qu’il aura fallu chercher ses copines sous les arbres, celle ci est montée en pleine eau à 3m de moi alors que je m’apprêtais à arracher !

La perspective du voyage aux Etats-Unis s’affine. Si tout va bien, c’est 3 coups du soir et une journée entière sur la Henry’s Fork, ainsi qu’un aprèm et le coup du soir sur la San Juan River qui m’attendent ! Je n’y vais pas pour la pêche, mais je compte faire un repérage rigoureux pour une prochaine fois !

En attenant hier, première sortie sur l’Albarine, je ne supporte pas de voir le carnage sur les ombres avant l’ouverture, et fin mai, il n’y avait plus assez d’eau. En ce moment la rivière a repris du poil de la bête, elle est juste superbe.

J’aurais voulu vous rendre compte de la beauté des lieux et de quelques habitantes (dont une dodue de près de 40 cm, absolument magnifique avec ses centaines de petits points et ses grosses ocelles violettes derrière les yeux) mais encore eut il fallu que je n’oublie pas la batterie de l’appareil photo dans le chargeur !

Je garderais cette demi journée sur l’Albarine tout au long de mon séjour aux USA… Truites françaises, je ne vous oublie pas, je vous laisse juste quelques jours tranquilles !!

un truc se passe…

C’est dans les doigts, un truc qui se passe…

On est loin, très loin de la perfection, et à des années lumières des grands pêcheurs qui parsèment le web, et de tous ceux qui l’évitent pour se préserver et préserver leur cadre de jeu.

D’abord les petiotes pour rassurer…

Et puis c’est sympa de pouvoir progresser avec les potes …

La chance de pas être trop loin de rivières de rêve, que la sécheresse met malheureusement à mal…

Et puis le déclic, l’indicible qui séparent les bredouilles quasi systématiques des prises régulières. Inquantifiable, impossible de mettre des mots, cette sensation que cette fois ci c’est possible, que s’y je m’y prends bien ça va le faire. Et quel plaisir encore une fois de partager ces moments là…

vous reconnaissez l’épuisette ? ; )

Je lis de ci de là que parfois la pêche est facile, que ces jours là, même les pêcheurs à peine dégourdis peuvent faire du poisson, si seulement les gens qui écrivent ces lignes pouvaient se souvenir du plaisir que ça procure de prendre ces quelques truites !

Je souhaite beaucoup de belles parties de pêche aux maladroits, aux débutants, aux malchanceux, à ces hordes souvent silencieuses qui en chient et pour qui chaque poisson, même modeste, est une victoire plus belle à chaque fois…

Alexis

pourquoi j’y serais

Les plus vieux que moi ont vu les truites mettre moins souvent le nez en l’air, les populations se raréfier… Moi, je vois les rivières disparaître.

Pas d’eau, rien, il ne pleut plus sur l’Est de la France depuis des mois… Qu’est ce qu’on y peut ? Rien ? tout ? Il faut y voir un châtiment ? J’en sais rien… Je vois juste mes rivières crever et j’ai le cœur qui se sert au fur et à mesure que le paysage jaunit…

Des comme ça, où il faut passer 45 minutes derrière, passer ta boîte sur son nez, j’y aurais encore droit dans les années à venir ?

A ma femme, je dis toujours en rigolant que les mômes je les emmènerais sur mon dos dès même pas un an à la pêche… Mais j’irais encore à la pêche ? Plutôt que de les trainer faudrait que je leur donne le goût de l’eau, celui qui m’habite depuis que je sais à peine marcher. Tourner les pierres, voir la vie grouiller, passer des heures devant le miroir de l’eau, s’immobiliser quand retentit le cri du martin-pêcheur. Le seul moyen de trouver la force de se battre, c’est de s’émerveiller encore… Le sens de l’eau, c’est le truc qui s’explique pas, qui fait que t’es bien là mieux que nul part ailleurs même si l’ailleurs c’est bien aussi.

Peut être que les minots, ils connaitrons que les blancs, les robustes, ceux qui s’adapteront, nous aussi, il va falloir, les espèces moins nobles prennent plus de sens à nos yeux…



Mais si le chevesne est devenu le compagnon obligé du moucheur, il faut continuer à se battre pour pas voir crever les dorsales bleues et les rayures qui peuplent encore les rivières.


Ça fait des bornes, j’y pêche jamais, mais le 14 mai j’y serais.

Christ de saumon sale ! – deuxième partie

Voici la deuxième partie de mon récit au Québec

Après la première prise de contact avec les rivières québécoises, on va rentrer dans le vrai, on part demain pour la Gaspésie.

Depuis mon arrivée Jérôme appelle ses contacts, passe ses soirées sur le net pour connaître la météo et les niveaux, nous inscrire sur les listes d’attente de rivières aux noms de rêve : Saint Anne, Cascapédia, Bonaventure… Moi j’avoue que je capte pas grand chose, mais l’état d’excitation de Jérôme est contagieux. La veille de notre départ l’humeur de Jérôme s’apparente à une fièvre intense, mais studieuse. On refait les bas de ligne autant de fois qu’il le faut, chacun tirant à un côté pour en tester la résistance !

Revue des boîtes à mouches, matos entassé près de la porte pour ne rien oublier… Je dors mal dans l’air moite de Victoriaville.

Le lendemain, on reprend la route, direction Québec, dont je ne verrais que la silhouette de la Vieille Ville au loin. On passe chercher Jean Philippe, un ami de Jérôme, dans une tranquille banlieue résidentielle.

J’en profite pour découvrir l’organisation québécoise, car Jean Philippe était en charge de l’épicerie. On ne manquera ni à manger ni à boire…

Le paysage défile à nouveau et je découvre l’immensité du Saint Laurent, on traverse les premières rivières à Saumons et après 5 heures de route on est enfin à destination, la vallée de la Matapédia. Plutôt que le plan roots de dormir en voiture, on loue pour une grosse poignée de dollars une maison à un adorable couple de septuagénaires. Voilà le camp de base :

On file chercher le permis journalier dans une épicerie plus que folklorique, un dépanneur comme on dit, l’équivalent de l’arabe du coin mais qu’on trouve en Ville comme à la campagne… un bordel pas permis avec un patron qui doit tuer les caribous à mains nus. Je me déleste de 70 dollars et ça sera ça chaque jour, alors que les “résidents” s’en tirent pour deux fois moins cher.

Tout est prêt, demain, j’affronte le roi des poissons…

18 heures de pêche par jour !!

Le réveil sonne à 3h du matin, j’ai l’impression de m’être à peine assoupi. J’étais hyper excité, après avoir éclusé un pack de bière à refaire la pêche, j’ai pas pu m’empêcher de lire et relire un magazine laissé là par un précédent moucheur. Au radar, j’avale le petit déj, on s’arnache, et direction la première fosse, les Fourches. Il est 4h et on est pas les premiers, on prend notre tour dans la rotation, et là commence ma dure expérience de la pêche au saumon.

Dans les grandes lignes, c’est de la pêche en noyée, il faut lancer travers ou légèrement aval, faire les mendings, striper en fin de dérive, descendre d’un mètre la rivière et recommencer… Le but ? peigner toute la veine où les poissons peuvent se tenir, avec une particularité qui m’a beaucoup posé problème, il faut arracher et relancer en une seule fois, et éviter au maximum les faux lancers. D’une part il faut éviter de faire passer trop de soie au dessus des poissons, d’autre part les mouches sont extrêmement fragiles et n’aiment pas trop ça…

Pour être honnête, les premières heures sont catastrophiques. Je m’emmêle, je lance à 10 mètres devant moi, mes posers sont vilains comme tout …Je sens que ça va être long !

Mais rapidement la journée s’anime, à la deuxième fosse, un grand coup dans la canne, je tire sur la soie, et d’un coup le décalage horaire et les 3h de sommeil disparaissent ! Ca résiste mais ce n’est pas le combat acharné annoncé par Jérôme, juste une jolie truite de mer (un saumon de fontaine, qui a la particularité de migrer sur ces rivières, et est dénommé ainsi au Québec).

Le poisson est super puissant, mais en soie de 8 c’est quand même vite réglé.

Je prendrais plusieurs de ces poissons, ainsi qu’une quantité industrielle de tacons, capables malgré leurs 15 ou 20 cm de taper des mouches en hameçon de 4 ou 2. C’est d’ailleurs terrible pour un pêcheur de truites de ne pas arrêter la dérive de la soie lorsqu’on reçoit toutes ces tapes dans la canne !

En fin de matinée, on est sur une fosse absolument superbe, avec quelques gros blocs, un courant puissant, et là je vois mes premiers saumon sauter !

Indescriptible la sensation qui me parcourt à la vue de bestiaux frôlant le mètre, tout argentés… Là encore, la fatigue se fait oublier. Mon tour étant passé, je contemple du haut de la berge Jean Philippe pêcher, et là coup dur, il arrache pîle au moment ou un saumon montait sur sa sèche, ce que mal positionné il n’a pas pu voir ! Si près, si loin, ce sera la fois où nous seront le plus proche d’en épingler un.

J’avais oublié de préciser que la Gaspésie a une particularité connue des saumoniers du monde entier, la possibilité de prendre des saumons en sèche. Il s’agit de faire passer une grosse mouche au dessus des poissons, j’y reviendrais autour d’une anecdote…

En tout cas, difficile de perdre des yeux les artificielles…  Et encore là c’est une petite…

Nous passerons la soirée sur une queue de fosse, là où l’eau ré accélère, sur deux saumons bien visibles mais totalement insensibles à nos mouches…

C’est dur de voir ces deux gigantesques poissons et les mouches qui les frôlent sans aucune réaction de leur part !

Quelques photos de cette première journée, pas de doutes, on y est !

La Matapédia assez en aval

Cliché de l’Amérique du Nord avec ce pont en bois

autre pont, mais un secteur pas top bien que très pêché, les eaux basses cette année font que le courant est lent et l’eau chaude, pas sûr que les saumons s’y tiennent… Mais bon mieux vaut tester quand même !

Nous rentrons le soir et les bières s’enchainent au rythme des histoires de pêche. On y croit, demain ce sera meilleur qu’aujourd’hui !

Après quatre heures de sommeil c’est reparti, à nouveau ça saute un pu du côté de la Fosse à Luc, mais rien n’y fait, il y a du monde en plus, il faut jongler entre les fosses qui ont un bon rendement (Jérôme a de bonnes sources) et celles où on peut se garer…

Ça me rappelle la Dordogne ou l’Ain, quand on trace pour la bonne bordure, en espérant être les premiers.

Midi sonne, il fait chaud, moite. On file au chalet, en l’honneur de l’anniversaire à Jérôme, Jean Philippe lui offre une casquette, qui d’après ses dires, a la particularité d’être une casquette chance.

Première fosse de l’après midi, pour fuir les bagnoles, on est sur un secteur très courant, peu profond, les postes sont peu marqués. J’y crois pas du tout, Jean Philippe non plus apparemment, au lieu de descendre mètre après mètre, on trace histoire d’en finir. En aval, coiffé de sa casquette chance, Jérôme lui est consciencieux, il a décidé de peigner cm après cm, et ça va payer… La vallée résonne d’un cri, je voie la canne pliée en deux et les remous vingt mètres plus loin. Je me précipite, attrape comme je peux les clefs dans le blouson de Jérôme et file à la voiture chercher l’appareil oublié… Après une vingtaine de chutes dans l’eau et sur la berge, je suis là à temps pour immortaliser LE saumon 2010 de Jérôme :

Wahou, c’est donc ça en vrai !! Une véritable torpille d’acier, que du muscle, impressionnant… On est regonflé à bloc, mais hélas, le compteur s’arrêtera là, en tout cas, la casquette chance que JP a offert à Jérôme vaut de l’or : un poisson moins d’une heure après être posée sur la tête…

Jean Philippe, et Jérôme coiffé de sa casquette chance, pas loin d’une fosse superbe mais dure à pêcher.

La Matapédia semble ne plus vouloir se livrer et le nombre de pêcheurs devient impressionnant. Demain on va sur la Matane, au nord de la Gaspésie.

Réveil dur, très dur,

La Matane se dévoile, les rives sont plus sauvages, l’amont coule à travers un parc national, c’est superbe. Hélas la rivière manque d’eau, le courant est faible, on sent que les mouches ne travaillent pas bien. On profite quand même du cadre.

Je vois des traces de caribou, des ours ont laissé leurs traces de griffes sur les arbres, il faut marcher au milieu de fougères aussi hautes que nous. L’air est lourd, et aux maringouins se sont ajouté les mouches à chevreuils, sorte de taons dont la piqure est particulièrement douloureuse. Je fais une sieste planqué sous des vêtements pour ne pas finir dévoré.

Arrivé à Cap Seize, fosse parmi les plus connue, je vivrais une sacrée émotion. En queue de fosse, deux saumons sont là. On s’insère dans la rotation. Tout le monde pêche avec de grosses sèches, je demande à Jérôme ce qu’il a de plus petit, et il me donne une mouche montée par un gobeur et offert pour son départ, quelque chose avec quoi on pourrait presque pêcher la truite. Jean Philippe me devance, sa mouche fait immédiatement réagir un poisson qui monte, colle son nez sous la mouche et redescend !!! Terrible pour les nerfs ! C’est mon tour, je laisse reposer. Je tremble en lançant mon imitation, la dérive est parfaite, et là le poisson se retourne, monte mais s’arrête à mi hauteur, mon cœur a du mal à repartir ! Christ de saumon sale ! C’est vraiment une pêche éprouvante pour les nerfs. En fait, le poisson a “flashé”, il s’est retourné sur le côté pour voir la mouche car contrairement à la truite, il voit très mal au dessus de lui.

Ce sera les dernières réactions des deux poissons, qui ne bougeront ensuite que pour disparaître en amont.

La fosse Cap Seize

Il faut repartir. Après une nuit au chalet, la route défile, on repose Jean Philippe à Québec, je passe une dernière soirée avec Jérôme et Maud, puis le bus pour Montréal. Un dernier tour dans la Ville, une repas avec Guillaume, et c’est le départ, avec en prime cinq heures de retard pour cause de panne d’électricité à Orly.

L’aventure est terminée, je rentre groggy, il me faudra du temps pour digérer l’aventure.

Impressions

En revoyant les photos j’ai du mal à croire que j’ai vécu cette aventure, et je me dis que je n’ai pas su en profiter pleinement, pour plusieurs raisons :

– d’abord je n’étais pas prêt, la pêche au saumon ne supporte pas l’improvisation. Je me suis beaucoup reposé sur Jérôme, j’aurais du monter mes propres mouches, lire plus sur les tenues et habitudes de ce saumon, m’entraîner à lancer, histoire de mieux m’imprégner et ne pas prendre tout dans la tronche en trois jours !

– ensuite mieux vaut être très frais physiquement. 10 jours avant je faisais une chute terrible dans les gorges de la Bienne, due à trop de fatigue cumulée. J’ai trainé mon dos en vrac dans la moitié du Québec et certains jours ça tirait un peu. D’un autre côté cette pêche a un côté presque hypnotique, en bout de la 12ème heure de pêche, du 200ième lancer, bouffé par les maringouins, le corps devient une machine et l’esprit s’évade…

Ensuite, un truc m’a particulièrement frappé, le Québec c’est tout sauf un pays d’écolos. Si la nature semble si puissante, c’est que son gigantisme et l’âpreté du climat la préserve un peu. Mais je n’ai vraiment pas vu que du beau. Comme dans toute l’Amérique du Nord l’étalement urbain prend des proportions impressionnantes. Montréal semble ne jamais finir, Victoriaville ne compte que 40 000 habitants mais il faut une demi heure pour la traverser en voiture. L’eau est gratuite, générant un gâchis monstrueux, la nature est vu comme une ressource sans limite qu’on peut solliciter en permanence.

Pour exemple les truites ne doivent leur survie qu’au fait que les québécois n’aiment pas trop marcher pour pêcher. Aucune maille, aucune limite du nombre de capture par jour, les revues de pêche renvoient à une vision de la pêche abandonné d’assez longue date chez nous. J’ai pu y “admirer” des photos de dizaines de truites, dorés, saumons de fontaines, étalés sur un pont de bateau ou dans l’herbe.

Le saumon fait figure d’exception, est ce le pragmatisme qui l’a sauvé, quand on connait les revenus générés par le poisson roi ? Peut être, j’ai envie de croire qu’il s’agit aussi d’un symbole de la nature que les québécois ne voulaient pas voir disparaitre.

En tout les cas, alors qu’en France notre capacité à mettre en évidence le poids du tourisme pêche semble une des seules voies pour peser dans les discours sur la gestion des cours d’eau, je voulais rapporter ces chiffres :

En Gaspésie, en une année, 8 000 pêcheurs génèrent 40 000 journées de pêche. En monnaie sonnante et trébuchante cela représente 16 millions de dollars et 75 emplois directs, auxquels se rajoutent l’hébergement, les commerces, pour qui la saison de pêche constitue un pic.

80% des pêcheurs sont québécois, les 20% restants viennent des autres provinces, des États-Unis et du reste du monde.

A méditer…

Les rivières québécoises ne sont en tout cas vraiment pas épargnés par l’homme. Lorsqu’il y a agriculture, elle est très intensive, et les rivières de plaines ne sont pas vraiment réjouissantes à voir, chauffant très vite, elles sont pleines d’algues filandreuses. Quand à la Matapédia et à la Matane, la dydimo s’est invité :

Bref, la réalité est plus complexe que la carte postale et derrière la cabane au Canada se cache la réalité d’une nature extrêmement fragile.

Quand à la pêche au saumon, elle m’a laissé un goût un peu amer. Si j’avais pris ce saumon en sèche sur la fosse Cap Seize, je tiendrais sans doute un discours très différent. Mais en l’état, je dois bien avouer que je préfère de loin la pêche de la truite, voir le poisson s’alimenter, essayer de piger ce qu’il mange, s’inscrire dans la cadence des gobages… Bref j’ai trouvé la pêche du saumon un poil trop mécanique, et un côté loterie un peu énervant. Pour exemple, c’était la 18ème sortie de pêche au saumon de Jean Philippe, qui pêche remarquablement bien, il aurait amplement mérité un saumon. Heureusement, la nature n’est pas si vache, car en juillet j’ai pu voir les photos de son premier !

En tout cas je ne regrette rien, j’ai eu énormément de plaisir à revoir Jérôme. Je le remercie, et Maud également, pour leur accueil et leur gentillesse. Sans Jérôme, je n’aurais jamais pu vivre cette expérience, c’est lui qui m’a motivé, puis a assuré la logistique.

Merci également à Magali et Guillaume pour leur accueil à Montréal.

La suite en matière de voyage de pêche, ce sera certainement plus orienté truite, mais il est fort probable qu’un jour je revienne voir la Gaspésie.

Quelques prix, quelques liens, quelques infos

En premier lieu, il faut s’acquitter d’un permis pour l’année, la journée ou la semaine pour tout le territoire canadien, sachant qu’il faut différencier le permis “tout poisson sauf migrateur” du permis saumons.

Le permis non migrateurs m’a couté 41,50$ pour 7 jours.

Le permis saumons “remise à l’eau” m’a coûté 36,75$ à l’année. Sinon, sept saumons peuvent être conservés mais le prix explose on est plus près de 140$. Pour moi il n’y avait aucune ambiguïté sur le choix.

Ce permis doit ensuite être couplé avec un droit à la journée, qui peut être très cher sur certaines rivières, voir impossible à obtenir sans un guide (compter alors 300$).

Les droits à la journée sont chers pour les non résidents, si un canadien va payer 30 dollars sur la Matane ou la Matapédia, un français va y laisser entre 60 et 70 dollars. A ce prix là, on lâche pas la canne pour faire des bouquets de fleurs, les journées doivent être entièrement consacrées à la pêche.

Un site incontournable pour mieux piger la règlementation québécoise concernant le saumon : https://www.saumonquebec.com/

Toutes les infos sur les remontées, les captures, les tarifs des permis, la réglementation, et surtout, surtout, pour les plus beaux parcours, les inscriptions pour les tirages au sort.

Il existe deux tirages au sort, un en présaison (le 1er novembre cette année pour 2011) et un 48heures à l’avance. Pour info j’ai été retenu pour Sainte Anne mais je ne pouvais emmener qu’un pêcheur, et on était trois, dommage !

Évidemment, le site de l’Indien : http://jeronimo.gobages.net/ qui y raconte notamment ses premiers saumons.

Là où on a créché, une super adresse, le confort, la rivière à deux minutes et un accueil exceptionnel : gitesbj@globetrotter.net.

une boutique sur la Matapédia pour faire le plein de mouches (pas données !) et de conseils : lesaumoneau@globetrotter.net

Et évidement, incontournable, surtout si on atterrit à Montréal pour se rendre ensuite en Gaspésie : l’Ami Moucheur. Permis, matos et conseils, un fly shop, un vrai, comme il n’en existe pas à ma connaissance en France : http://www.amimoucheur.qc.ca/

Bon, il a pas de site Internet, mais allez voir le dépanneur de la Vallée, à Causapscal, sur la route principale entre les secteurs 4 et 3 de la Matapédia. Vous pouvez pas louper l’énorme mouche en bois sur le parking. Mouches vilaines mais “qui prennent”…

Enfin difficile d’évoquer le saumon au Québec sans parler de Pierre Manseau, qui se bat depuis des années pour la préservation du poisson roi, son retour dans les rivières qu’il a quitté. Une mine de conseils et un personnage, que j’ai eu la chance de rencontrer sur la Fosse Cap Seize sur la Matane. C’est aussi le mentor de Jérôme.

Au global, en étant hébergé une bonne part du séjour, en divisant les frais d’essence et de nourriture, d’hébergement, avec tous les transports (avions, bus), le séjour m’a coûté environ 1 100 €, et le dollar était plus fort que maintenant.

la transmission

A quel âge il m’a emmené la première fois ? En fait je sais plus, probablement dès que j’ai su marcher et me tenir dans un coin sans être trop chiant, c’est à dire assez tôt au vu de ma nature introvertie et ma capacité à rester en admiration plusieurs minutes devant une grenouille ou l’eau qui clapote. En tout cas, à 5 ans je savais déjà ferrer les gardons, même si, prévoyant, il me mettait un bon 18°° qui permettait à ces derniers un joli baptême de l’air après ferrage…

A même pas 10 ans, je l’accompagnais chez Barberot, aux sources de l’Eclimont, et ses virées mystiques (en plus avec mon instit de CM2 !!) sur l’Allier ou les rivières normandes me fascinaient…

Il m’a tout appris, monter les lignes, l’amorce, les leurres, les esches, les coins, tout sauf la mouche bizarrement, technique qu’il maîtrise pourtant, mais là n’est pas l’essentiel, il m’a transmis la passion. La fièvre qui transforme chaque journée de pêche en successions d’actes irrationnels, celle qui nous pousse au bord de l’eau quelles que soient les conditions  météo, celle qui a fait que dès l’âge de 11 ou 12 ans je passais des journées entières dehors, un montage rudimentaire et quelques criquets avec moi dans les près corréziens…

Il y a le quotidien qui nous dévore, peut à peu je l’ai vu s’éloigner de la pêche, trouver que les rivières ne valaient plus le coup, ne plus se dégager le temps qu’il fallait, limiter la pêche aux vacances. Moi la fièvre empirait, il m’en fallait toujours plus, et c’est auprès d’autres que j’ai appris la mouche…

Alors pour mes trente ans, franchement, je pense que cette matinée au bord de l’Albarine, à 600 km de chez lui, c’est un des plus beaux cadeaux qu’il m’a fait… et de mon côté, en l’emmenant là, j’étais bien conscient qu’il allait faire une rechute. Je crois que je me suis garanti quelques parties de pêche avec lui pour les années à venir !

voilà le fautif, 25 ans après m’avoir inoculé les premières doses ! C’était une journée qui en appelle d’autres…

Christ de saumon sale ! – première partie

S’il fallait traduire, ça voudrait à peu près dire « saloperie de saumon de merde qui fait trop chier bordel ! », car je n’irais pas par quatre chemins, le saumon à la mouche c’est une pêche qui rend fou.

D’ailleurs, quelle mouche m’a piqué pour que je décide ainsi de rejoindre l’Indien à 6000 km de chez moi à la poursuite d’un poisson dont je ne connaissais rien et pour lequel je n’étais ni équipé, ni préparé ?

Ben en fait c’est lié à une promesse faite au moment où Jérôme décide de partir vivre au Québec. Déjà, il n’avait pas fini de me refiler tous ses coins sur la Basse Rivière d’Ain, le Rhône et l’Albarine, alors il fallait rester en contact. Et puis il m’avait déjà parlé de ce poisson qui rend fou, alors j’avais promis d’aller le voir, sans trop prendre la mesure de cette promesse, et à mesure des mois, les comptes-rendus enthousiastes de l’Indien ont peu à peu transformé l’hypothèse en évidence.

En décembre 2009, je prends les billets, par d’incessants messages j’assaille mon futur hôte pour en savoir un peu plus, quel matos, quand, comment, où on irait ?

Les premiers mois de l’année semblent interminables et puis tout s’accélère et le 26 juin je me retrouve à l’aube de mon premier voyage halieutique. Alors comme c’est le premier, je vais prendre un peu le temps, car on ne peut pas tour à tour découvrir un nouveau pays, revoir des amis, aller au devant d’un poisson mythique et ne rapporter que trois photos et demi en disant « ouais c’était pas mal mais y avait pas beaucoup d’eau… ». Du coup je vous propose un petit rendu en plusieurs parties :

Première partie :

–          Le Québec immense et loin

–          Mises en bouche

Deuxième partie :

–          Dix huit heures de pêche par jour !

–          Impressions

–          Quelques prix, quelques liens, quelques infos

Le Québec immense et loin

Je ne sais pas vous, mais pour moi l’avion a conservé toute sa magie. A Orly, je dispute la place aux enfants devant la vitre pour mieux voir l’énorme 747 qui se prépare au décollage. Le stress de l’enregistrement des bagages est passé, je n’ai plus qu’à espérer que les cannes arrivent entières et en même temps que moi de l’autre côté de l’Atlantique.

Ceci étant, je suis vite rattrapé par la réalité au moment où il faut que je m’insère dans le minuscule siège qui m’abritera pendant septe heures !

Malgré tout le voyage passe vite et l’écran me permet de voir que je me rapproche de plus en plus du but !

A Montréal, je suis accueilli par Magali et Guillaume, deux amis que je connais depuis mes jeunes années d’étudiant insouciant à Tours. C’est la possibilité d’échanger sur leur expérience de vie chez nos « cousins » et de bénéficier d’un premier aperçu de Montréal. J’en profite pour les remercier chaleureusement pour leur accueil.

Je me suis un peu attardé dans Montréal (notamment avant de retourner en France). Si mes amis s’accordaient à me dire que l’hiver la ville peut parfois être triste, en plein soleil, à l’aube du festival de Jazz, Montréal est une ville passionnante et particulièrement agréable. De prime abord, pas de doutes, c’est une ville nord américaine, plan en damier, grattes ciels, immeubles en briques et leurs échelles rouillées, grands parcs pleins d’écureuils… Un petit New York où tout est écrit en français (ou presque) où l’on finit par déboucher sur un bout d’Europe échoué contre les grattes ciels, la fameuse vieille ville. Ce puzzle de quartiers, ces étudiants en masse, sa vie grouillante, font de Montréal une ville vraiment agréable.

Pour rejoindre Jérôme, il faut prendre le car, et là, je vais prendre la mesure de l’immensité québécoise. Le long d’autoroutes plus que largement dimensionnées, le paysage défile. D’abord la banlieue résidentielle, industrielle et commerciale de Montréal qui semble ne jamais s’arrêter, puis les champs de maïs à perte de vue qui font passer la Beauce pour un jardinet. C’est monotone et plutôt moche, heureusement, il y a les énormes camions rutilants pour me distraire. Mais je sais qu’entre Montréal et Québec, ce n’est pas le plus beau de la Province, et que bientôt, ma mouche va dériver dans des rivières de rêve.

Mises en bouche

Jérôme me récupère à Trois Rivières pour prendre les permis et humer l’air à « l’Ami Moucheur », Flyshop culte s’il en est. Les permis sont pris (c’est très simple) et seul un budget limité me fera rester raisonnable face à l’abondance du magasin. Il y a de quoi monter quelques milliers de mouches, y compris les plus folles.

Jérôme travaille les premiers jours de mon arrivée, mais il se met en quatre pour me trouver des coins de pêche. La tâche est ardue, il fait un soleil de plomb, l’air est incroyablement moite, les rivières très basses suite à un hiver doux et un printemps sans pluie.

D’abord, nous partons pour une belle rivière des Appalaches, à une heure de chez lui, pour un premier coup du soir le samedi et toute la journée du dimanche.

Les paysages me font penser au Massif Central, à quelque coin perdu des hauts plateaux de Lozère, mais les fermes de bois et les pickups garés dans les cours me rappellent que je suis en Amérique du Nord. La rivière s’inscrit dans cette ressemblance, on se croirait sur la Loire ou le Haut Allier, eaux noires et puissantes s’alanguissant en méandres ou mugissant entre de gros blocs.

Le lac qui donne naissance à la rivière est noir de monde, et en particulier de pêcheurs, mais vingt minutes de marche nous amènent à la plus complète solitude. Le québécois semble aimer pêcher pas loin de la voiture. Et tant mieux pour les poissons, car les truites ne font l’objet d’aucune maille ni d’aucune taille limite. Feuilleter un magasine de pêche revient à visualiser des tableaux de chasse que nous ne sommes plus habitués à voir en France.

Le premier soir je décroche une truite qui à peine piquée se rue vers l’aval. Des poissons gobent mais sont très difficiles. Moi qui pensait me gaver avec de grosses browns prenant d’énormes sèches je commence à revoir mes plans.

Le lendemain nous ratissons la rivière en sèche, en nymphe, en noyée, au streamer, rien de rien, le désert, je croiserais juste une sorte de barbeau qui ne voudra pas prendre la mouche (dommage).

Tout un coup, vers dix neuf heures, l’éclosion tant attendu arrive. Des sortes de sulphures jaune crème défilent, puis des sedges, les premiers gobages apparaissent. La rivière est puissante, divisées en de nombreuses veines d’eau, les berges boisées et le lit vite profond. Les coups ne sont pas faciles et les truites non plus. Aucune de mes mouches n’intéressent les poissons alors que Jérôme a enclenché le compteur et c’est du lourd !

Finalement, au bout d’un long bas de ligne, je mets une émergente de sedge en h18 et je prends ma première truite canadienne, incroyablement grasse et puissante. J’en louperais trois autres au ferrage et Jérôme me mets cul rouge avec six poissons.

Il y avait plus gros à manger, mais les poissons ne prenaient que des émergentes de sedges.

Le lendemain, Jérôme bosse et ne peut pas m’amener trop loin. Il me dépose sur un petit ruisseau, superbe. Pendant deux heures je le descends, et je suis frappé par le fait qu’il n’y a absolument aucune trace de passage avant moi. Le cadre est hyper sauvage et pour cause, la rivière est vide. Pendant plusieurs heures j’insiste sur les postes prometteurs, rien, pas un gobage, pas une ombre dans l’eau. Mystère, un énorme orage me fera attendre Jérôme dans un cabanon.

Le lendemain, c’est Maud qui m’accompagne sur une grosse rivière de plaine pour pêcher le bass. La rivière est très large, coule assez rapidement. Le décor est limite flippant, avec ses quelques maisons de bric et de broc, la brume sur l’eau, ça faisait un peu film d’horreur. Après l’orage de la veille, l’eau avait monté, et les postes étaient difficiles à atteindre. Je loupe trois fois de suite un doré (sandre local) que je vois attaquer mon leurre mais que je n’arrive pas à ferrer… Des jeunes pêchent aux leurres avec un succès relatif, un petit achigan qui finit dans un sac plastique.

C’est déjà la moitié du séjour et demain, nous partons pour la Gaspésie… Je pensais être un fou de la pêche, j’allais connaître le rythme infernal que la pêche au saumon impose…

La suite bientôt

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ça se rapproche

Dans moins de deux semaines, l'ouverture, son lot d'espoirs et de déconvenues, mais surtout le plaisir unique de retrouver et de "sentir" la rivière.

Je profite de la moindre réunion pour m'arrêter au bord de l'eau et sonder du regard la rivière et ses alentours. Les signes ne trompent pas, comme cette mouche :

et cette superbe truite qui nymphait non loin d'une bordure :

J'en profite pour découvrir de nouveaux coins :

Et j'essaye de me préparer dans mon bordel organisé !

Vivement l'ouverture !