voyage de pêche

à la poursuite des truites du monde : les photos

Salut,

Voici un petit concentré de mon voyage en photos, certaines sont déjà visibles, notamment dans l’article paru dans la gobrevue n°8 ou sur gobages, la plupart n’ont pas été montrées. Il fait suite à un article plus dense et moins agréable à lire, qui recense le matos embarqué et qui je l’espère pourra aider quelques aventuriers.

En prélude, je dois préciser que j’ai loupé énormément de clichés, du fait de l’humidité permanente, d’une lumière capricieuse, ou bien d’une mauvaise tenue des poissons ne me permettant pas une photo de qualité. Par ailleurs, ces photos semblent bien pâles eu égard à la beauté envoutante et à l’immensité de la nature parcourue. Mais à mesure que les contours de mes souvenirs deviennent moins précis, ces clichés sont autant de rappels de l’aventure extraordinaire que j’ai pu vivre.

En faisant cet article, la vue de toutes ces photos m’a filé un violent coup de cafard. Plus le temps passe, plus je prends la mesure de l’aventure extraordinaire que j’ai vécu, et je regrette parfois de ne pas l’avoir vécu assez intensément.

à Madrid, dans un immense aéroport désert. Je ne me lasserais jamais de regarder la préparation des avions. Je ressens encore cette excitation sourde de l’aventure et cette peur de l’inconnu.

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Mon premier levé de soleil dans l’hémisphère sud !

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Plein gaz vers l’inconnu

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Juste avant de quitter les dernières maisons, je faisais pas vraiment le fier …

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En longeant la côte

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drôle de parasite qui poussait sur les arbres. Ouvert, l’intérieur ressemble à un agrume, lorsque, en manque de sucre et de frais, je me posais une fois la question du goût que ça pouvait avoir, j’en ai ouvert un rempli d’asticots… Voilà qui m’a évité de faire la moindre bêtise.

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beaucoup de fleurs sur l’île

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Au début de mon périple, je me suis complétement planté de chemin … J’ai perdu plusieurs heures mais j’ai pu profiter du paysage !

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l’enfer …

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Des heures pour franchir ces forêts mortes, coincé entre une vallée détrempée et une jungle impénétrable, au deuxième jour j’ai craqué, mais après avoir hurlé et pleuré en balançant des branches, j’ai fini par reprendre ma marche, de toute façon avais je le choix ?

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Enfin, les montagnes s’ouvrent, mais près de 2 kilomètres de tourbières m’attendent avant le lac ! Au fond ? et bien c’est l’Archipel du Cap Horn …

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Ma douce cabane, sournois confort, qui m’a empêché d’aller explorer plus loin …

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10 jours au milieu d’une nature à l’état brut

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Lieux envoutants …

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… Peuplée de poissons magnifiques et bagarreurs.

Première truite, au bout de quelques lancers, désolé pour les poissons pris sur l’herbe, mais tout seul j’avais un peu de mal, et puis vu ce qu’il tombait, l’herbe était plutôt humide

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Truite du jour de l’an, incroyable cette robe dorée pour des arcs

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Saumon de fontaine en sèche, sur le lac

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au streamer, en soie très plongeante

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En regardant cette photo, je suis tout autant fasciné par la ligne féroce de cette truite que par l’âpreté des paysages en arrière-plan

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une collègue prise dans le même courant, quelles couleurs !

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dernier poisson du séjour, avant que des trombes d’eau ne s’abattent pendant plusieurs heures

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Mes photos de poissons préférées :

gros pépère du lac, pour info le streamer est monté en hameçon de 2 ! Je me mords les doigts d’avoir loupé cette photo (floue)

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arc mordorée, je reste ébahi devant ce poisson magnifique

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Celle là en revanche je ne l’ai pas loupée !

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Puis un soir, on se dit que c’est la dernière fois qu’on contemple ces lieux … Tout est si calme.

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Deux jours à travers la montagne pour rejoindre la civillisation

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C’est fini …

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Truites du bout du monde : parlons matos

Hello tous !

Partir à l’autre bout du monde, seul et en autonomie de surcroit, suppose quelques menues préparations.

Le récit du voyage fait l’objet d’une restitution dans la Gobrevue n°8. Pour alléger le discours, j’ai préféré ne pas m’encombrer de trop de détails techniques et axer la rédaction principalement sur l’impact émotionnel de cette première crapahute en solitaire. Pour autant je crois bon de partager avec vous le retour d’expérience que j’ai pu tirer de ce voyage concernant le matériel.

Je n’avais pas l’expérience de ce type d’aventure, aussi il y a eu quelques loupés mais globalement je ne m’en suis pas trop mal sorti.

Voici donc un inventaire des principaux éléments qui ont composé mon équipement, en espérant que certains pourront vous servir pour vos prochains trips.

Se repérer, s’orienter, où l’art de faire sans cartes

Je me suis rendu dans un pays où l’armée tient encore les rênes de la cartographie, du coup l’acquisition de cartes n’est pas des plus aisée. Déjà, l’échelle la plus fine est le 50 000ème, pour la randonnée, ce n’est pas idéal même si ça reste encore exploitable. Le site de l’équivalent de l’IGN est un véritable jeu de pistes, même quand des amis parlant couramment la langue du pays viennent à ma rescousse ! Impossible de commander en ligne, sauf à fournir, après diverses allers retours électroniques, mon n° de carte bleue … no way !

Seule alternative, un site américain, qui permet d’acquérir des cartes du monde entier, une véritable mine pour tout baroudeur. Le hic, trois cartes plus les frais d’envoi me reviennent à 230 dollars, là je dis stop, on va faire sans ! D’autant que pour avoir vu des extraits sur le net, ces cartes sont plus que basiques et approximatives aux dires de certains.

Je souhaitais acheter un GPS, je me suis tourné vers l’etrex30 de Garmin. restait la lourde tâche de disposer des bons fonds cartographiques. J’ai claqué 25€ dans birdsEye, censé permettre de télécharger des fonds images satellites ultra précis, bien plus que Google Hearth, sauf que là en l’occurrence, leur satellite a du passer très haut au dessus de l’île, car l’image est vraiment immonde, bien pire que sur Google, 25€ pour rien, je commençais sérieusement à bouillir de l’autre côté de mon écran …

De toute manière, je ne disposais pas sur BirdsEye des courbes de niveau, qui pour moi constituent l’information capitale car elles fournissent de précieux éléments sur la nature des terrains. Couplées à des images aériennes, elles donnent une lecture assez complète de ce vers quoi on s’engage. Le fond topo Garmin du pays étant d’assez piètre qualité, très cher, et les modalités d’achats incompréhensibles, j’ai tenté de trouver un plan B.

Ce plan B a nécessité de faire ressurgir chez moi les acquis de cours de cartographie et de SIG bien enfouis dans ma mémoire après 10 ans sans pratique.

Première étape : trouver une source plutôt fiable. Après avoir consulté plusieurs forums, je me suis résolu à considérer google map comme tel (des mecs sont partis dans l’Himalaya avec des fonds google map, et semblent être revenus pour en témoigner…). Je me suis donc « amusé » à superposer, images après images, des captures d’écran, ce qui m’a permis à terme de constituer le fond topo support de mon expédition.

Seulement pour que cette carte soit exploitable, il a fallu la georéférencer. C’est la deuxième étape.

Internet produit quand même de belles choses, puisqu’il est possible de géoréférencer des images jpg depuis Google Hearth, c’est très bien expliqué ici. Le fichier ainsi créé est dans un format que lit Base Camp, le logiciel gratuit qui permet de préparer ses cartes avant de les transférer sur son GPS. Avec mon assemblage de 17 cartes, je craignais d’avoir une grande marge d’erreur entre la superposition de mon fond topo et les vues aériennes. Après de nombreux tâtonnements (l’outil n’est pas adapté pour de grandes images, volontairement je pense car cela permettrait de géoréférencer toutes ses cartes IGN papier), la superposition semble réussie. Les rives de lacs et de la mer se superposent plutôt bien. Voilà une étape de franchie !

J’ai trouvé sur le net une sorte de topoguide édité par le ministère en charge des « Biens Nationaux », il décrit les deux seuls chemins « balisés » de l’île. Ça devait me permettre d’encadrer environ les deux tiers de ma marche vers le « hot spot », repéré vu du ciel, à savoir une section de rivière tout en méandres, reliant un lac à la mer. Un certain nombre de repères balisent le parcours et sont référencés. J’ai donc voulu les rentrer dans mon GPS. Le hic c’est qu’ils sont en UTM et que mon GPS est en latitude longitude. Je suis donc passé par moult convertisseurs de données, qui me faisaient fréquemment pointer en plein Océan Atlantique ou bien au fin fond de l’Afrique, avant que je comprenne que mon GPS pouvait également exprimer les positions en UTM… Bilan = trois soirées de perdues.

Pour le reste, je repère les coordonnées sur Google Hearth, et me positionne un tracé type vers ce qui me semble un coin sympa.

En clair, vous avez bien lu, je suis parti vers un coin repéré via des images satellites, et avec un fond de carte fait maison… Mais bon, c’était l’aventure où ça ne l’était pas !

En vérité, je ne suis pas allé au bout de mon délire (la rivière entre le lac et la mer), car après deux jours de marche qui m’ont lessivés, j’ai préféré rester dans une vieille cabane au bord d’un lac, avec trois rivières à moins d’une demi journée de marche autour.C’était quand même censé être des vacances !

Je me suis équipé, notamment sous la pression aimante de ma femme, et malgré un prix conséquent (300€ pour un truc dont on espère qu’il ne servira pas !), d’une balise de détresse. En cas d’accident, il me suffisait d’actionner la balise, et les secours les plus proches étaient alertés. Le modèle et le fonctionnement sont décrits ici.

S’abriter, dormir, manger, où comment vivre deux semaines en autonomie avec 20 kg

Là où je me suis rendu, la météo a été éprouvante, des températures maximum de 15°, de la pluie tous les jours, de la neige lors du passage d’un col, une fraicheur et une humidité constante. Je ne pouvais donc pas faire l’impasse sur la chaleur.

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Le premier abri, c’était la tente, ma fidèle Quechua ultralight, moins de 2kg, qui m’a accompagné une nouvelle fois. Basse, facile à monter, solide, elle n’a pas trop souffert du vent mais a clairement montré ses limites face à l’humidité du sol. Pour faire court, le sol était en permanence et en tout lieu parfaitement détrempé.

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Heureusement, pour m’isoler du sol, j’ai fait je pense un excellent investissement, à savoir un matelas de sol autogonflant extrêmement isolant et capable de supporter mes 106 kg (avant de partir, car j’en ai perdu 9 dans l’aventure !). La conception de ce matelas est ingénieuse, une couche d’air au contact du corps, qui chauffe avec ce dernier, une couche d’air au contact du sol, au milieu, une membrane réfléchissante, le chaud ne se perd pas dans le froid, et le froid ne remonte pas jusqu’au bonhomme, voici la bête, le neo air Xtherm. Bon c’est pas donné, mais le confort, la chaleur et 460 grammes qui rentrent dans une poche de sac valent bien ce prix là.

J’ai également investi dans un nouveau sac de couchage. Le cahier des charges était exigeant : chaleur (confort à 0° ou moins), légèreté (moins de 2 kg), taille (pouvoir y mettre mes 197 cm), et prix maîtrisé. Dur de réunir les différents critères et bien souvent le prix s’envolait. J’ai acheté français, avec un Pyrenex, marque plus connue pour ses doudounes haut de gamme. Pour moins de 300 €, je me suis offert un véritable cocon, extrêmement chaud et confortable. La différence avec le très haut de gamme s’explique par le nombre plus réduit de compartiments à plumes, qui rend moins rapide le ‘regonflage » du duvet et réduit légèrement l’impact thermique du duvet (il se tasse plus facilement).

Pour le transport, mon sac à dos est un 70 litres, un Queshua, pas mal pensé, réglable au niveau des lombaires. Si parfois j’ai eu à souffrir des épaules, c’est plus du fait d’un paquetage mal équilibré. Bon 70 litres pour deux semaines d’autonomie, il était plein à craquer ! J’avais tellement plus de place que j’ai porté des chaussettes dans mes poches pendant le voyage en avion !

Niveau vêtement, ça a été la règle des trois couches. Des sous vêtements chauds : slip et caleçon long en mohair, tee shirt manches longues, une polaire, les waders ou le pantalon de randonnée, une veste étanche et coupe vent de randonnée (doublée). Avec ça je n’ai pas eu à me plaindre du froid, sauf aux mains et aux pieds, tout le temps trempés. J’avais une cagoule pour me tenir la tête au chaud, bien utile !

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J’avais prévu un petit sceau pliant (ça tient dans le poing), du type de celui ci, dans lequel je faisais ma lessive avec un produit concentré et biodégradable. En matière d’hygiène, lavage sommaire mais régulier à l’eau de la rivière, complété là aussi d’un produit spécifique. Pour l’eau, sachant que je me rendais dans un coin où aucun humain n’habite le bassin versant, j’avais pris le parti de ne prendre ni filtre, ni pastille (en fait j’avais oublié ces dernières), je conseillerais plus de prudence, même si je suis indemne et que j’ai juste fait pipi un peu orange, sans doute à cause de l’eau très tourbeuse.

Concernant un aspect moins ragoutant, je ne saurais que trop vous conseiller l’excellent « comment chier dans les bois« , qui aborde le problème sous un angle écologique qui amène à réfléchir.

En matière de chaussures, mes vieilles Queshua ont fait l’affaire, par contre mes guêtres premier prix se sont déchirées dans les branchages.

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Parlons maintenant du nerf de la guerre, aussi important voire plus que la qualité du sommeil : la nourriture. Là je n’ai pas été très performant. Pas tant sur le matériel, une popote réduite au minimum, un très bon réchaud, que sur les aliments en eaux mêmes.

Écœuré  par les plats lyophilisés, j’avais opté pour des soupes, du riz et des pâtes précuits, des bouillons de bœuf pour parfumer, des épices. Si j’ai très vite trouvé monotone mes plats, on ne peut pas dire que j’ai manqué de nourriture, en revanche, j’ai oublié un élément essentiel, le sucre, limité dans mon paquetage à quelques graines et fruits secs, vite consommés. J’ai très rapidement regretté cet oubli. Le sucre est indispensable pour donner le coup de fouet nécessaire lorsqu’on est confronté à des marches éprouvantes ou bien le matin pour démarrer. Par ailleurs, l’oubli de café soluble m’a amené à me gaver d’une tisane écœurante. Tout cela a facilité quelques moments de déprime. Par ailleurs, le manque de diversité des aliments a fait que très vite j’ai réduit mes repas à deux voir un seul par jour. J’ai beaucoup maigri, neuf kilos environ, et certains jours j’avais de véritables hallucinations (bruits de la ville qui s’immisçaient au plus profond de la forêt ou de la tourbière, ligne d’horizon qui se déformait,…). Lors de mon prochain périple, je serais très vigilant à mon stock de produits sucrés !

huuuuum ! et ça pendant deux semaines …

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Photographier, gérer l’alimentation électrique des appareils

Dur de concilier le souhait de garder des souvenirs impérissables de ce voyage, et en même temps de minimiser le poids et le volume transportés. J’ai pris le parti de laisser le Reflex à la maison et de ne prendre que mon bon vieil optio W60.

plutôt que d’opter pour un chargeur solaire, très onéreux si on le souhaite performant, j’ai privilégié l’achat de plusieurs batteries, cartes mémoires et pîles (pour le GPS), soigneusement empaquetés dans de petites boîtes étanches qu’on trouve pour pas cher au vieux campeur. Tous les trois ou 4 jours, j’ai changé de carte mémoire, pour m’assurer de ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier. Je n’ai pas eu à me plaindre de ce choix.

pêcher, deux tubes et un sac à main

Je ne sais pas si j’ai été tout à fait performant concernant le matériel de pêche. Soucieux à l’idée de casser la canne, j’en ai emporté deux… ça fait beaucoup, c’est encombrant. J’avais pris (emprunté en réalité, merci JB et Christophe !), une 9 pieds soie de 6 (Guideline) et une 9 pieds soie de 7 (Sainte Croix), deux moulinets (orvis), l’un monté en soie de 6 flottante, l’autre avec une soie de 7 multitip avec 4 têtes, de flottante à plongeante. Je n’ai pêché qu’avec la soie de 7 équipée de la soie multitip, combo parfaitement adapté à une pêche de vadrouille où l’on pêche des spots très différents (lacs, rivières plus ou moins rapides et profondes). J’ai pêché principalement avec la soie flottante (sèche et streamer en petite rivière) et une plongeante (streamer).

Pour les mouches, j’ai fait dans l’artillerie lourde, principalement des streamers, sur hameçons 4 à 8, souvent très simples, en noir, violet, blanc et rose, chartreuse, seul le violet n’a pas trop marché.

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concernant les sèches, j’ai été mauvais. J’imaginais des poissons morts de faim se jetant sur tout, ce ne fut pas aussi simple. Lors des retombés de bibios assez fréquentes en lac, il a été très difficile de motiver les poissons à monter sur mes grosses imitations de terrestres. En bref, j’aurai du prendre ma boîte de mouches pour les rivières françaises. J’aurai ainsi ajouté quelques moments de finesse dans ce qui fut souvent une pêche assez « brute de coffrage ».

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Mes bas de ligne faisait une longueur de canne pointe comprise, j’en avais préparé une dizaine à l’avance rangés dans une pochette. Pour la pointe, du 22 en sèche au 27°° au streamer … Entonnement je n’ai pas eu de casse !

Pour ranger tout ce petit matériel (auquel s’ajoutaient les indispensables pinces et coupe fil), j’ai choisi le chest pack jmc light. Je passe sur la fragilité récurrente des produits JMC pour retenir les bons points, un produit dont la contenance permet de caser l’essentiel, facile à ajuster et confortable à porter.

voilà, j’ai l’impression d’avoir fait le tour, bientôt je prendrais le temps de faire un petit déroulé photo de ce périple, peu de texte mais quelques images des moments incroyables que j’ai pu vivre là bas !

à la poursuite des truites du bout du monde

Bonjour à tous,

J’ai toujours été attiré par les atlas, les hémisphères, les cartes. Du doigt, enfant, je suivais les contours d’une côte sauvage, remontais les grands fleuves, gravissais les montagnes, la tête pleine de récits d’aventuriers et de vagabonds, de Tom Sawyer, de Phileas Fogg, de Robinsons en tout genre.

Combien de fois je me suis-je imaginé sous une cabane ou dans une barque de fortune, seul face à l’Horizon et aux éléments déchainés.

Et bien là, d’un clic sur une souris et un avion va me déposer à l’autre bout du monde, peu après Noël. Pour poursuivre quelle chimère ? Dans la mythologie Viking, le monde est plat, et la mer, aux confins de ce dernier, se précipite en hurlant dans le vide. Et bien avant ce vide, sur les derniers cailloux avant les cataractes, je me plais à penser que c’est là qu’on trouve les truites les plus sauvages, les plus belles, les plus grosses, les plus fortes. Bref, je pars à la poursuite des truites du bout du monde.

J’ai construit ce voyage de la même manière que mes rêveries enfantines, l’atlas est numérique, mais mon doigt a flâné longtemps sur la carte avant de se poser un peu intuitivement sur un caillou perdu.

J’ai  maintenant trois mois pour me préparer à 15 jours d’autonomie complète, dans un environnement sans villages, sans chemins. Il faut déjà s’y rendre, car l’avion se pose bien avant ces confins. Ensuite marcher vers les lieux repérés du ciel, confirmés par de très rares articles trouvés sur le net, sans assurance de dénicher les truites, sans être sûr non plus de ne pas être contraint d’attendre sous la tente que le ciel arrête de hurler son vent glacial et de déverser ses humeurs sous formes de trombes d’eau ou de neige. Mais l’aventure est excitante ! Pas de lodges, pas d’hélicoptères, je vais ressentir chaque instant, chaque seconde, chaque truite capturée aura une valeur inestimable, je les respecte, elles méritent trois jours de marche pour les aborder. Elles méritent d’avoir rêvé depuis près de 30 ans. Au bout du voyage, des truites sans doute, probablement une part de moi-même.

PS : il va sans dire que sans ma femme, sans sa compréhension, sa patience et même ses encouragements à poursuivre mes chimères, ce genre de voyage serait impossible.

Wild West 2011

Des années que nous attendions de nous l’offrir ce grand et beau voyage ! Après des semaines de calculs de budget, de simulation Internet, de respiration suspendue à l’attente des autorisations de congés nous voilà dans notre 43 m² lyonnais à remplir deux sacs de randonnée pour trois semaines de périple dans le Grand Ouest américain …

On est aidé dans les préparatifs…

L’Ouest américain, peu de lieux résonnent aussi doucement à l’oreille d’un pêcheur. J’avais beau savoir qu’août, comme en France, est la pire des périodes, difficile de concevoir de partir sans canne… Après des négociations serrées, le périple est redessiné afin de me rapprocher de quelques rivières mythiques. A vrai dire, j’ai du mal à préparer tout ça, faute de temps, et j’ai surtout les pires difficultés à me projeter outre atlantique. Drôle de sensations que de savoir que du rêve on va passer dans quelques jours à la réalité, c’en est presque vertigineux.

En urgence je monte quand même quelques mouches et surtout refais à neuf deux bas de ligne, sur deux soies et deux bobines, histoire de passer vite de l’un à l’autre.

Le premier sera très long dans l’esprit de ceux avec lesquels je pêche l’Ain ou la Bienne (pas loin de 3 longueurs de canne). Ce que je lis des miroirs de la Henry’s Fork me laisse à penser que la plus grande discrétion sera de mise si je veux tirer mon épingle du jeu.

Le deuxième est beaucoup plus court (1 à 1,5 fois la longueur de canne selon la pointe), et me permettra de passer de la nymphe lourde à la grosse sèche en rivières rapides, dans l’esprit de l’image que je me fais de la pêche là-bas.

J’en profite pour tester l’astuce dont m’a fait part François, à savoir un minuscule anneau pour faire le raccord bas de ligne / pointe, et je dois avouer que l’essayer c’est l’adopter. Je vous file le lien parce que je suis sympa

http://www.pecheur-du-net.fr/soie-et-bas-de-ligne/349-anneau-pour-bas-de-ligne-mouche.html

Je vous passe les détails sur le grand confort du voyage quand on fait 2 mètres pour directement atterrir à Denver, c’est là que commence l’aventure. Ce que je vous propose c’est de faire le récit partie de pêche par partie de pêche, au plus près des émotions que j’ai pu vivre, avant de finir par un chapitre un peu plus général qui j’espère pourra vous aider si vous souhaitez partir à votre tour.

Le Yellowstone

Après deux jours à Boulder, charmante ville au nord de Denver, au pied des Rocheuses, à la fois yuppie et un brin hippie, plutôt en avance en matière de développement durable, nous partons vers le nord-ouest.

nouveau quartier à Boulder, ça me rappelle mes voyages d’études à Fribourg en Allemagne !

Dès la grande conurbation de Denver passée, nous voilà enfin dans le Grand Ouest. La route dépasse nos espérances, une ligne de bitume file au milieu de paysages immenses… quel pied !

Notre but ? le mythique Parc National de Yellowstone. Tout a été dit sur ce parc, on le décrit pour sa surfréquentation, on dit que c’est surfait, que c’est un parc à thème… Mon opinion, c’est que c’est tout simplement à tomber à la renverse. Dur de trouver les mots, immensité des paysages, diversité de la faune, et surtout, quelques kilomètres à pied vous donne l’impression d’être seuls au monde.

En effet, sans tomber dans la caricature, on ne peut pas dire que l’américain soit randonneur. Si les quelques routes qui sillonnent le parc sont très fréquentées, les sentiers de randonnées sont absolument déserts. J’en veut pour preuve une randonnée de 15 km, qui, au vu des registres d’enregistrement au départ de la randonnée (histoire de comptabiliser ceux qui se font dévorer par les ours !), n’accueille qu’un couple de randonneurs par jour !

En matière de logistique, je reviendrais plus en détail dans le chapitre ad-hoc sur le logement, les permis, les facilités, je propose qu’on se concentre sur la pêche.

Le Yellowstone n’était pas la destination pêche du séjour. J’avais repéré la Slough Creek, au nord du parc, affluent de la Lamar River, elle même affluent de la Yellowstone.

La Yellowstone est la plus importante des rivières du parc, naissant dans un immense lac au centre du parc, elle est très rapidement une très puissante rivière, alternant de vastes méandres lents et des parcours rapides où la rivière donne toute sa puissance. Je vous propose quelques clichés :

Le lac, les fumeroles sont autant de geysers en bordure du lac

à la sortie du lac, c’est déjà une rivière extrêmement puissante

ensuite, la rivière traverse de superbes prairies d’altitude, paradis des bisons

La rivière s’enfonce ensuite dans une série de gorges, passant par les chutes dont vous avez probablement déjà vu des photos

Bref, c’est pas de la rivière pour fillettes, et j’ai beau pêcher les 100m de large de la rivière d’Ain toute l’année, là, j’ai pas osé tenté. Direction donc la Slough Creek. Apparemment je suis pas le seul au courant qu’elle est sympa à pêcher, parce qu’il y a foule. On prend donc les sacs, bombes au poivre anti-ours à la ceinture, et on part en rando pour aller vers la partie haute.

En même temps qu’on gravit la montagne, l’orage décide de faire de même. Je blêmis alors que le ciel noircit…

On arrive avant les gouttes (de peu !) sur une section qui ressemble plutôt bien à ma définition du Paradis, au cœur d’un écrin de montagne, de forêts de pins, une rivière méandre dans des prairies grasses…

Par contre niveau activité, c’est zéro. J’ai choisi la Slough parce que c’est une rivière où les cutthroat, l’espèce endémique des montagnes de l’Ouest, sont encore largement dominantes. Réputées avoir le nez en l’air et le gobage facile, elles semblent, alors que le vent se met à hurler dans la vallée, résolue à rester le museau dans la vase.

Entre les vaguelettes créées par le vent, j’ai pourtant bien l’impression de voir deux ou trois gobages, mais dur de voir ce qu’il y a à manger sur l’eau.

gobage dans un méandre abrité du vent !

Je finis par distinguer de minuscules éphémères clairs, presque blancs, je me retrouve à devoir résoudre l’équation à plusieurs inconnues qui consiste à pêcher très fin, avec un long bas de ligne, avec le vent dans le pif et la foudre qui se rapproche méchamment.

Je prendrais enfin ma première cutt, en pleine eau. Je m’attendais à une poisson plein de couleurs, elle est toute grise, après quelques prises, je me rendrais compte que c’est le fait des jeunes.

Je prends ensuite un poisson un peu plus gros, la gorge légèrement orangée. La défenses de ces poissons est hyper énergique. Fait notable, je pensais que les cutthroat avaient un comportement proche des arcs, en fait, mis à part la première riquette en pleine eau, j’ai pris et vu les autres sur des postes typiques de fario. Souches, obstacles, bordures, c’est là qu’elles se tiennent.

C’est quand même pas bien gros, et en plus, le vent se renforçant, je foire lamentablement un superbe gobage sur un coup hyper difficile au milieu des branches et au ras des herbes de la berge. Je m’arrête à plusieurs reprises car les premières averses violentes se déclenchent. A chaque arrêt les gobages redoublent, mais le vent me fait devenir chèvre. Au bout d’une grosse heure de pêche, la foudre tombe à moins de 100m, il faut se sauver en vitesse, la sensation de faire paratonnerre avec mon fleuret de carbone n’a jamais été aussi évidente !

Ma compagne randonne sur le chemin du retour aux côté d’un Alexis bougon. Toujours râlant et pestant sur le fait que je suis le plus malheureux du monde je jette un œil sur la Lamar River que l’on longe au retour en voiture… J’ai choisi mon point de chute du lendemain !

La Lamar, on monte encore d’un degré dans l’image d’Epinal. Au fond d’une vaste vallée à fond plat, la Lamar déroule ses méandres aux eaux un poil piquées, tandis que les bisons vous regardent d’un oeil torve…

En matière de cadre, je ne suis pas sûr de revivre ce genre de situation de sitôt :

Niveau pêche, c’est plus proche de ce que je connais près de Lyon. Un rivière large, puissante, avec des bordures à se damner, où ça pue la truite du kg tous les 10m. A peine la canne montée, je regarde une belle truite grasse comme un cochon se dodeliner sous 1m de courant très puissant… J’ai pas assez lourd pour la tenter… Je regarde la bordure et crois voir un gobage. J’attache un parachute qui imite tout et même n’importe quoi et je remonte la bordure. Devant moi, deux américains me coupent le spot en traversant la rivière. Je m’attendais à plus de courtoisie de la part des pêcheurs US, qui apparemment ne sont pas très sensibles à la notion de remontée de bordure à pas de loup…

Je fais comme ça une centaine de mètres, comme la veille, le vent se déchaîne, et dans cette grande plaine il s’engouffre en rigolant de mes lancers. Je commence à me croire maudit. Ma compagne, après s’être planquée dans les herbes du fait d’un bison faisant son picotin à 20m d’elle, reprend suffisamment ces esprits pour me signaler un rond près de la berge.

le bestiau après le picotin

Je redescends la rivière, me positionne en face de l’endroit indiqué, et finit par voir LE museau, qui émerge de l’eau, régulièrement. Je lance, galère avec le vent, puis d’un coup c’est comme dans un film :

la mouche longe la berge…

… le museau émerge…

… le fil se tend …

La lourdeur, la gerbe d’écume…

pendu !!!!!!!!!!!!!!!

A ce moment là, j’ai vraiment l’impression d’avoir attrapé la queue du Mickey, baston toute en lourdeur, le poisson utilise sa masse et prend le courant, confiant dans le 15°°, je bride comme un âne. Je la vois plusieurs fois, c’est une explosion de couleurs, flancs presque rouges, couleur dorée dominante, je m’y vois déjà vous imposer ma joie plein ma tronche avec la truite portée légèrement au dessus de l’eau…

Oui mais non, non, renon, les américaines ont de la ressource, on dégringole tous les deux vers un secteur rapide et j’ai moyennement envie de partir pour 100m de course derrière le poisson. Je bride, je bride,

et puis d’un coup plus rien… merde, comment ça plus rien ! C’est quoi ce bordel, qu’est ce qui déconne dans mon rêve américain ?! Ben hameçon ouvert en fait. Ces américaines sont vraiment des tracteurs !

Après une bordée d’injures entendue de ma seule compagne et des bisons, je change de rive et repars pour la gloire. Le vent m’empêche de poser la mouche où je veux, cette dernière se posant à 1m de la berge quand je veux la longer. D’un coup, une grosse masse se décroche du fond, monte, monte, monte et plop pendu !!!!!!!!!!!!!

Même type de gros poisson gras qui utilise sa masse pour ne pas rejoindre la surface, et même dénouement, hameçon ouvert….

Le vent se déchaine, il faut rentrer, l’école US est plus rude que ce que j’imaginais…

Nous croiserons encore quelques belles rivières en quittant par l’ouest le Yellowstone, en particulier la Madison, mais le bilan est bien maigre pour ces deux parties de pêche. La frustration, le sentiment d’échec, conjugués à la beauté des paysages et aux poissons décrochés font que je suis déjà taraudé par une méchante envie de revenir !

La Henry’s Fork

Là, il s’agit de mon caprice, de ce pourquoi je me suis roulé par terre. Il faut dire, il fallait le vendre ce détour au fin fond de l’Idaho, quand les soit disant grosses villes sur la carte sont des bleds comme Ashton où les bâtiments les plus hauts de la ville sont les silos à grains et où les vitres des commerces de Main Street sont couvertes de la poussière des endroits qui meurent tranquilles en marge du monde… Non mais je déconne pas, je vous montre parce que vous avez pas l’air de vous rendre compte :

Je fais un détour par le Fly shop, où le gars va me vendre, parmi un bordel innommable de mouches, de cuillers en tout genre, des imitations « vertes parce que c’est la couleur qui marche » dont je ne me suis jamais servi tant elles me semblaient juste dix fois plus grosses que ce qu’il y avait sur l’eau.

On dort au bord de la Warm River, rivière superbe où je prendrais quelques petites arcs au milieu des bouées et pêcheurs au lancer… C’était chiant en fait. D’autant plus qu’évidement, passé 17h, le vent s’est déchainé et l’orage a éclaté.

Le lendemain, on va pas n’importe où, c’est ma journée pêche, celle que j’ai préparé 8000 km plus loin sur le net, direction le Harriman State Ranch. Une section de plusieurs miles de no kill, un ranch donné par un riche cowboy à l’État. Depuis c’est une « National Forest », espace naturel protégé (un peu moins contraint qu’un National Parc, nous en avons croisé énormément lors de notre séjour). C’est aussi le secteur comme annoncé le plus difficile, là où les poissons sont retords à souhait. Ca fait bizarre de se retrouver face à une légende, j’ai tellement de récits sur ce cours d’eau, j’ai du mal à y croire. La rivière est très large, semble courir lentement. Les fonds sont sublimes, des graviers, quelques grosses pierres basaltiques, des herbiers partout. Je me rends compte que les photos parleront bien mieux, c’est juste à se damner.

C’est donc emprunt d’un profond respect, et avec le pas mesuré d’une grenouille de bénitier, que je rentre dans cette cathédrale… Malgré la clarté de l’eau, impossible de pêcher en nymphe à vue. Je saurais pas vous l’expliquer, est-ce la nature des fonds, les milliers de microcourants imperceptibles, la lumière ? Toujours est il que pas une fois je n’ait été en mesure de distinguer une truite dans l’eau.

Pendant une heure trente, j’ai pu admirer la faune, parce qu’on peut pas dire qu’il se passait grand chose.

Castor

petit échassier

pélicans (ne pratiquant absolument pas le no-kill !! assez impressionnant à voir à l’œuvre)

un jeune élan ! c’est pas très discret comme bestiole, ce dernier avait l’air de se repaître d’algues tendres

Quelques très rares gobages me font aller d’une rive à l’autre. Les poissons sont insaisissables, les truites ne sont apparemment pas en poste, mais semblent piocher de ci de là, sans circuit précis. Hormis un guide et son client 300 m en aval je suis étonnement seul en cette belle matinée.

Je finis par cerner un gobage régulier, en pleine eau. Un vent léger est déjà de la partie. Je passe ma boîte à mouche sur le gobage, pour finir en 10°°, et une minuscule bi-aile en cul de canard sur hameçon 22. Enfin l’imitation est happée, ferrage, aussi sec la truite bondit hors de l’eau ! Je viens de ferrer une ogive qui dévale le courant à fond de train. En revoyant les photos prises par ma compagne, je me rends compte à quel point je subis !

Alors que je pense la partie prête à être gagnée, le poisson remonte l’intégralité d’un herbier avant de s’enrouler autour d’une pierre. Je vois la truite coincée un temps, avant que mon approche suffise à lui donner l’énergie qui brise mon bas de ligne… J’ai vraiment la guigne. C’était une superbe arc de plus de 50 cm, avec un magnifique liseré rose…

Je refais ma pointe pendant que l’activité augmente. La rivière est vite recouverte de mouches, c’est assez impressionnant. Je finis par trouver la mouche qui marche, une petite émergente noire de ma confection, qui va me permettre d’aligner plusieurs arcs hélas de dimension modeste, mais alors quelle puissance !

Je finis par prendre un poisson plus correct qui me fera une série de chandelles hallucinantes !

L’activité cesse au bout d’une grosse heure. Le reste de la journée je ferais chou blanc. Comme les autres jours, l’orage bourgeonne dès 16h, et même s’il n’éclate pas pîle au dessus de ma tête, le vent et le rafraichissement qui suit annule tout coup du soir digne de ce nom. Je me prends la tête en fin de journée sur des poissons qui semblent être sur des émergentes de sedges, mais même si j’arrive à faire monter quelques poissons, je suis incapable d’en ferrer une seule. Je ne sais pas ce qui ne fonctionnait pas…

Sur l’ensemble de la journée, le bilan n’est pas si mal, surtout au vu des conditions météo et de la réputation de la rivière. Je retiendrais que la pêche aura été très proche de celle que je peux connaître de l’ombre sur la rivière d’Ain. Long bas de ligne, dérive aval sur des poissons regroupés dans les courants. Je n’ai pris qu’une truite en dérive amont. Toutes les autres, c’est en faisant descendre ma mouche en premier.

Il est temps de partir de ce bout de Paradis, mais rien qu’en écrivant ces lignes, je ressens les odeurs du sous-bois le matin, l’herbe mouillée, la lumière, les coups de tête de la première truite… Je veux revenir !!

Nouveau Mexique

Après cette journée consacrée à la pêche, place au tourisme, nous filons plein sud, à travers les immensités de l’Idaho, de l’Utah, puis de l’Arizona… La petite maison dans la prairie cède la place à OK Corral.

les paysages s’assèchent…

On passe une journée dans le Grand Canyon, l’immensité comme horizon

Le Colorado a taillé ce gigantisme de la nature

Monument Valley, terre sacrée des indiens

On s’approche du Nouveau Mexique, terre de soucoupes volantes, de hippies, mélange des cultures américaines, espagnoles et indiennes.

Vous comprenez pourquoi on appelle cette chaine de montagne les Sangre de Christo ?

Nouas passons deux jours à Taos, jolie ville en adobe (sorte de pisé), au contact entre un vaste plateau aride que déchire en une profonde gorge le Rio Grande, et une haute chaine de montagne.

Le Rio Grande et ses énormes farios est l’attraction n°1 de la région de Taos mais suppose une journée dédiée (ce que ma compagne ne m’accorde pas, surtout que les bords de rivières sont parait il saturées de moustiques, dixit la représentante de l’office de tourisme ! Bref c’est invendable). Nous préférons prendre de l’altitude et le frai en partant à l’assaut de la montagne. Je prends une canne pendant que nous entamons une grande randonnée dans les Sangre de Christo. Comme dans beaucoup d’endroits déjà traversés, l’altitude joue un rôle déterminant. A mesure qu’on s’élève on quitte le désert pour traverser une forêt sèche puis se sont les grandes forêts de pins et nous voilà presque dans les Alpes.

La randonnée nous fait suivre un petit ruisseau. Les castors, bâtisseurs infatigables, ont créés des séries de retenues où les petits saumons de fontaines, les brook trouts, prospèrent. La pêche est agréable, plutôt simple, seulement gâchée par quelques vilaines arcs de bassinage…

Le but de la rando est un lac, au milieu des pins. Je finis par repérer, en bout de l’étendue d’eau, là où de gros troncs sont amoncelés, quelques gros poissons qui patrouillent. Je foire un magnifique saumon de fontaine en nymphe, avec le vent et les rides sur l’eau, je n’arrive pas à voir quand les poissons prennent.

Ensuite, je me fais humilier par deux grosses farios qui gobent de manière aléatoire au cours d’un circuit à travers les souches… Impossible de faire se décider les poissons dont la plus petite devait faire le kilo. Je finis ce tour d’honneur du lac par un four magistrale sur une arc que n’aurait pas dénigré Catch Magasine. Bref je redescends dans la vallée d’une humeur assez massacrante. Avec le recul, je me rends compte que j’ai sous estimé ce genre de sortie de pêche, croyant que montagne+USA=pêche facile. En réalité, j’aurais du descendre en 10°° et pêcher avec de toutes petites nymphes ou des émergentes. Tant pis pour moi.

Le Colorado

Avant de nous envoler pour San-Francisco depuis Denver, pour des vacances plus urbaines, nous décidons de passer 3 jours dans le sud du Colorado, en plein cœur des Rocheuses.

On part un peu à l’aventure, et nous voilà en train de remonter le Rio Grande, quitté plus tôt dans le Nouveau-Mexique. Après le désert des plateaux d’altitude, nous voilà dans un superbe paysage de montagne, en plein cœur des Rocheuses.

Les villages témoignent de leurs passés miniers

On se trouve un chalet pour trois francs six sous, enfin un peu de confort après des jours et des jours de camping !

Le Rio Grande coule non loin, mais une part importante du linéaire est privé. J’ai croisé un nombre de panneaux « no trepassing » assez important ! Toutefois, la rivière traverse quelques sections de National Forest, accessibles au public. Là encore, difficile de passer à côté des règlements, chaque accès public fait l’objet de panneaux, qui rappellent que l’arc en ciel est en no kill et que les farios de plus de 12 pouces (plus de 36 cm, ça laisse songeur hein ?) doivent être remises à l’eau, que seules deux truites doivent être gardées.

Je me trouve un accès sympa, le long d’un « camping » (je reviendrais sur le concept de camping plus tard) paumé. Le premier soir, je fais un bide. Une énième fois, un orage a éclaté, la température a chuté de 10° et pas une mouche ne vient agiter l’eau.

J’en profite pour regarder le paysage, la rivière me fait penser à la Dordogne, une rivière puissante, une eau noire qui roule sur de gros blocs de rochers…

Le lendemain, je pêche le matin, toujours pas d’activité, et un orage énorme monte dans le ciel, avant midi, il éclate avec une violence inouï. Un guide en rafting arrête son esquif et se réfugie sous un pont. La foudre tombe si près que l’on sent la terre vibrer… Il faut filer !

L’après-midi, l’orage se calme, j’en profite pour demander au propriétaire des chalets si je peux pêcher la rivière qui traverse son ranch, un affluent du Rio Grande. Le petit vieux, adorable comme la plupart des gens rencontrés au cours de ce périple, me dit que oui, me rappelant que son parcours est en no-kill.

J’attaque en sèche, rien ne se passe. Je décide de passer en nymphe, et sors de ma boîte les mouches que m’a donné Aaron Jasper, guide de pêche US, et ami de Christophe (Clema74), que j’ai accompagné une journée sur la Bienne lors de son périple en France.

Je n’ai pas vraiment l’habitude de pêcher au fil, mais à la première dérive, je prends une petite arc de 15 cm, que je remets vite à l’eau même si j’aurais voulu vous montrer l’explosion de couleurs des jeunes arcs. Ça me rassure également sur le fait que la rivière accueille au moins pour partie des poissons sauvages.

Quelques mètres plus haut, je prends une petite fario, toujours au fil.

Je redescends pour me positionner sur une fosse déjà explorée en sèche. Je lance légèrement en amont d’un bloc rocheux qui sépare la rivière en deux courants. J’ai vite l’impression d’accrocher, je lève la canne pour me libérer, et là… drôle de sensation, ça bouge doucement, puis obstinément, j’ai ferré un monstre ! La truite va sauter deux fois, et j’ai du mal à en croire mes yeux, puis le poisson dévale la petite rivière, moi derrière. S’en suit une bataille de chiffonniers, après mes déboires sur la Lamar River, je ne veux rien lâcher. Le poisson part des branches, que je lève une par une, après 20 m dans de tous petits courants, elle disparait sous la berge, ce sera son erreur, puisque c’est là que j’irais la chercher, à la main !

Ce n’est pas super beau, mais je tiens ma plus belle truite à ce jour !

On voit bien la nymphe d’Aaron au coin de la gueule du poisson !

Je suis sur un nuage, il est là mon rêve en barre, ma truite américaine. Comme il était dit que c’était ma journée, le soir, sur le Rio Grande, j’ai enfin droit à un coup du soir, le dernier et surtout le seul du séjour. D’abord timides, les gobages remplissent bientôt la rivière, les petits sedges clairs ont en effet couvert la rivière.

Je prends d’abord quelques petites farios, puis je repère le gobage au dessus d’un gros bloc. Je serais encore capable de me souvenir de chaque seconde de ce combat au fond de cette vallée du Colorado, après la grosse arc, la belle fario américaine, je suis comblé !

regardez moi ces battoirs !

Matos, permis, fly-shops et facilities

Pays de cocagne que sont les USA pour le pêcheur. Globalement, tout est fait pour nous rendre la vie facile. Dès qu’une rivière n’est pas loin, chaque localité a son ou ses fly-shops, avec une diversité de produits assez impressionnante. Il est facile d’y trouver du matos, les permis ad hoc, et les informations nécessaires pour aborder les rivières. Certains magasins sont exclusivement pêche à la mouche, mais dans les petites localités ont trouve des magasins plus généralistes qui vendent également des leurres (là aussi quelle diversité) et des appâts.

J’ai acheté des supers chaussures de waders Sims pour peut être deux fois moins cher qu’en France. Le matériel est globalement moins cher si l’on s’en tient à la parité des monnaies (1$=1€) mais en plus, je suis parti alors que le dollar était très faible. Du choix et des prix, pensez y si vous vous rendez là bas, mieux vaut prévoir le coup et céder à la tentation une fois sur place.

fresque au sol, devant l’entrée d’un fly-shop de Boulder, Colorado

les fly-shops sont parfois très roots, ça participe à l’atmosphère !

Concernant les permis, c’est vraiment peu onéreux, de 9 à 22 $ la journée, sachant que les jours suivants sont facturés moins chers,et qu’il existe la plupart du temps des formules à la semaine, au mois, ou à l’année (très vite rentable).

Dans le détail :

– Le Yellowstone : à cheval sur trois états, pour 80% dans le Wyoming, pour le reste entre le Montana et l’Idaho, il existe un permis unique (les permis d’état ne sont pas valables). Le permis coûte 15 $ la journée, 20 $ pour une semaine, et 35 $ pour une saison. On trouve les permis dans les différents postes de garde qui émaillent le parc. En prime, vous recevrez un dépliant très complet sur la répartition des différentes espèces et les régulations qui peuvent parfois être propres à chaque rivière. De manière générale, les espèces endémiques, et particulièrement la cutthroat, sont en no kill, tandis qu’on est plutôt incité à faire du sushi de fario et surtout de bull trout (grosse truite de lac grise, originaire du Canada notamment). Les rangers se feront un plaisir de papoter pêcher avec vous.

– l’Idaho : le permis journalier pour un non résident coûte 12,75 $, 6 $ les jours suivants. Tous les prix sont ici.

Au passage, un intéressant site avec les éclosions sur la Henry’s Fork en fonction des saisons.

– Le Nouveau-Mexique. C’est le permis journalier le plus cher que j’ai rencontré, 22 $. J’ai du mal à vous trouver un site facile d’accès avec le prix des permis, sur le site du Fish and Game c’est un peu le bordel, je retrouve pas mes petits mais encore une fois il suffit de pousser la porte d’un fly shop pour avoir accès à toute l’info.

– le Colorado. C’est le permis le moins cher de mon séjour, 9 $ pour une journée. Les infos sont.

Hormis dans les parcs nationaux, les droits de pêche sont gérés au niveau fédéral (état). Dans tous les cas, il est possible d’acheter son permis en ligne. Personnellement, je vous invite à regarder sur les sites fédéraux les lieux de vente, puis à acheter votre permis sur place. Vous perdez 30 minutes, mais vous avez plein d’info et en plus c’est l’occasion de faire le plein de mouches.

Location de voiture :

Je recommande chaudement pour la location de voiture www.autoescape.com. On a eu aucun problème avec ce site, dont les tarifs prennent en charge la franchise (on a donc un prix tout compris). Il s’agit d’une vraie assurance tout risque en cas de carton. En revanche, sur place, nous avons repris une assurance (moins de 75€ pour deux semaines) pour le genre de pépins qu’on peut croiser en fréquentant des pistes, à savoir crevaison, vitres cassées, panne d’essence au milieu de nulle part. ceinture et bretelles, mais pour ma part je suis plutôt du genre prudent flippé.

Nous avions réservé un petit 4*4, mais ce dernier étant indisponible voilà avec quoi nous nous sommes retrouvés pour le même prix !

hébergements

On trouve de tout aux USA, depuis le camping vraiment roots jusqu’à l’hébergement de très haut standing. C’est valable y compris dans les parcs nationaux, où l’on trouve des hôtels de grande classe.

Pour notre part, nous nous sommes cantonnés aux campings, à quelques motels, à une location de petit chalet dans le Colorado. Voici quelques idées de prix.

Dans les parcs nationaux et les national forest, vous trouverez des campings très peu onéreux, de 12 à 16 $. A ce prix là c’est spartiate. Pas de douches, les toilettes se résument à une cabine (propre, toujours) au dessus d’une fosse septique. En revanche tous les emplacements que nous avons croisé comportaient :

un emplacement tente aplani, en gravier (faut s’il faire mais c’est pas mal), une table et des bancs, un foyer en dur pour le feu, avec une grille.

Le principe est simple, pas de gardien, à l’entrée, des enveloppes, vous mettez le montant correspondant au nombre de nuits dans l’enveloppe, que vous laissez dans la boîte aux lettres, vous gardez une sorte de reçu, que vous pincez à un poteau devant votre emplacement. Attention, dans le parc du Yellowstone, on ne peut prendre sa douche qu’à deux endroits (Grand Village et Canyon Village). C’est toute une logistique, il faut prévoir parfois plus de 100 bornes de voiture, autant penser aussi au linge sale ! A condition de venir tôt (dans la saison ou le matin) pour être les premiers, je conseille vivement le camping le long de la Slough Creek, 26 emplacements aux portes du Paradis !

Je passe sur les motels, pour parler rapidement des chalets. On trouve pas mal de location de cabines, de petits chalets, souvent c’est cher (plus de 150 $ la nuit), mais on trouve, comme nous dans le Colorado, des choses à moins de 70 $ la nuit pour une vraie petite maison tout confort. Quand on a pas pris de douche pendant 3 jours ça fait vraiment du bien !

Si je devais donner un conseil en matière d’hébergement, ce serait le suivant. Avant de partir, lister les possibilités d’hébergements (certains sites sont à plus de 100 km des premiers hébergements !!), mais ne réservez qu’à quelques étapes clefs (à l’arrivée de l’avion, avant de partir, …). Pour le reste, voyez sur place. Ce pays est immense, il est difficile depuis la France d’anticiper le temps consacré au déplacement entre deux étapes, et puis il faut penser à la météo. Si les conditions sont mauvaises, bougez, les possibilités de pêche se comptent par millier dès lors que l’on est un peu mobile. Bref, j’invite à la débrouille sur place, dés fois c’est un peu galère, et le risque de passer une nuit dans la voiture à lutter contre les moustiques existe, mais vous aurez plaisir de discuter le bout de gras avec un patron de motel délabré au fond d’un bled improbable plutôt que d’avoir réservé au chaud devant l’écran votre hôtel de chaîne probablement très loin de là où vous pensiez pêcher.

en vrac

Dans les Rocheuses, grizzlis et ours noirs sont fréquents. C’est pénible pour le portefeuille mais j’incite vraiment à acheter une bombe au poivre, vendue ans tous les magasins d’extérieur et dans les boutiques des parcs. C’est un spray à l’odeur dissuasive. Les accidents sont fréquents, autant se prémunir. vous verrez dans tous les campings les instructions à suivre. De manière générale, ne laissez jamais trainer de nourriture. Nous avons pour notre part vu un ourson se balader en plein camping, reniflant de ci de là les tentes. Beaucoup de randonneurs américains ont des clochettes à leur sac. C’est pas bête, l’ours est plutôt trouillard et va fuir à l’arrivée de l’homme, encore faut il qu’il l’entende. Les accidents sont très souvent liés à des animaux surpris.

Concernant la nourriture, tout ce qui est produit transformé est globalement pas génial. Les grandes surfaces sont joliment achalandées, mais tout est calibré, c’est limite angoissant. Dans les pubs et restaurants, on serre une cuisine roborative et pas trop chère, parfois même très bonne (boeuf bio, hamburger au cerf !), mais globalement c’est pas très diversifié. En revanche, si vous êtes amateur, je vous invite vraiment à tester les différentes bières. La micro brasserie a le vent en poupe, et derrière les majors insipides (Coors, Budweiser), on trouve quelques bières fantastiques. On note deux influences, anglaise évidement, et belge, de plus en plus prisée (le Belgian style marqué sur pas mal de bouteilles).

Conclusion

Ma cession de pêche américaine c’est limitée à six parties de pêche, entre 2h pour les plus courtes, et une journée pour la Henry’s Fork. J’en garde un souvenir inexprimable, c’est la pêche comme vous en rêvez au plus profond de vous même. Je suis sûr de revenir, je suis déjà en train d’échafauder des plans pour un voyage 100% pêche, et par ailleurs je me suis juré de partir au moins 10 jours avec mon père pour sa retraite, dans quelques années.

La pêche a été difficile, mais le potentiel des rivières parcourues n’a pas de commune mesure avec ce que je connais en France. Je retiens pèle mêle de ce voyage la beauté des paysages et des rivières, la taille des poisson, les facilités de pêche, au sens large (accès aux informations, renseignements, infrastructures, matériel), et la gentillesse des américains.

Bref, I WILL BE BACK !

PS : si vous voulez des infos complémentaires, n’hésitez pas à me faire part de vos questions.

PS II : une petite vidéo de ce séjour

http://vimeo.com/28539424

Christ de saumon sale ! – première partie

S’il fallait traduire, ça voudrait à peu près dire « saloperie de saumon de merde qui fait trop chier bordel ! », car je n’irais pas par quatre chemins, le saumon à la mouche c’est une pêche qui rend fou.

D’ailleurs, quelle mouche m’a piqué pour que je décide ainsi de rejoindre l’Indien à 6000 km de chez moi à la poursuite d’un poisson dont je ne connaissais rien et pour lequel je n’étais ni équipé, ni préparé ?

Ben en fait c’est lié à une promesse faite au moment où Jérôme décide de partir vivre au Québec. Déjà, il n’avait pas fini de me refiler tous ses coins sur la Basse Rivière d’Ain, le Rhône et l’Albarine, alors il fallait rester en contact. Et puis il m’avait déjà parlé de ce poisson qui rend fou, alors j’avais promis d’aller le voir, sans trop prendre la mesure de cette promesse, et à mesure des mois, les comptes-rendus enthousiastes de l’Indien ont peu à peu transformé l’hypothèse en évidence.

En décembre 2009, je prends les billets, par d’incessants messages j’assaille mon futur hôte pour en savoir un peu plus, quel matos, quand, comment, où on irait ?

Les premiers mois de l’année semblent interminables et puis tout s’accélère et le 26 juin je me retrouve à l’aube de mon premier voyage halieutique. Alors comme c’est le premier, je vais prendre un peu le temps, car on ne peut pas tour à tour découvrir un nouveau pays, revoir des amis, aller au devant d’un poisson mythique et ne rapporter que trois photos et demi en disant « ouais c’était pas mal mais y avait pas beaucoup d’eau… ». Du coup je vous propose un petit rendu en plusieurs parties :

Première partie :

–          Le Québec immense et loin

–          Mises en bouche

Deuxième partie :

–          Dix huit heures de pêche par jour !

–          Impressions

–          Quelques prix, quelques liens, quelques infos

Le Québec immense et loin

Je ne sais pas vous, mais pour moi l’avion a conservé toute sa magie. A Orly, je dispute la place aux enfants devant la vitre pour mieux voir l’énorme 747 qui se prépare au décollage. Le stress de l’enregistrement des bagages est passé, je n’ai plus qu’à espérer que les cannes arrivent entières et en même temps que moi de l’autre côté de l’Atlantique.

Ceci étant, je suis vite rattrapé par la réalité au moment où il faut que je m’insère dans le minuscule siège qui m’abritera pendant septe heures !

Malgré tout le voyage passe vite et l’écran me permet de voir que je me rapproche de plus en plus du but !

A Montréal, je suis accueilli par Magali et Guillaume, deux amis que je connais depuis mes jeunes années d’étudiant insouciant à Tours. C’est la possibilité d’échanger sur leur expérience de vie chez nos « cousins » et de bénéficier d’un premier aperçu de Montréal. J’en profite pour les remercier chaleureusement pour leur accueil.

Je me suis un peu attardé dans Montréal (notamment avant de retourner en France). Si mes amis s’accordaient à me dire que l’hiver la ville peut parfois être triste, en plein soleil, à l’aube du festival de Jazz, Montréal est une ville passionnante et particulièrement agréable. De prime abord, pas de doutes, c’est une ville nord américaine, plan en damier, grattes ciels, immeubles en briques et leurs échelles rouillées, grands parcs pleins d’écureuils… Un petit New York où tout est écrit en français (ou presque) où l’on finit par déboucher sur un bout d’Europe échoué contre les grattes ciels, la fameuse vieille ville. Ce puzzle de quartiers, ces étudiants en masse, sa vie grouillante, font de Montréal une ville vraiment agréable.

Pour rejoindre Jérôme, il faut prendre le car, et là, je vais prendre la mesure de l’immensité québécoise. Le long d’autoroutes plus que largement dimensionnées, le paysage défile. D’abord la banlieue résidentielle, industrielle et commerciale de Montréal qui semble ne jamais s’arrêter, puis les champs de maïs à perte de vue qui font passer la Beauce pour un jardinet. C’est monotone et plutôt moche, heureusement, il y a les énormes camions rutilants pour me distraire. Mais je sais qu’entre Montréal et Québec, ce n’est pas le plus beau de la Province, et que bientôt, ma mouche va dériver dans des rivières de rêve.

Mises en bouche

Jérôme me récupère à Trois Rivières pour prendre les permis et humer l’air à « l’Ami Moucheur », Flyshop culte s’il en est. Les permis sont pris (c’est très simple) et seul un budget limité me fera rester raisonnable face à l’abondance du magasin. Il y a de quoi monter quelques milliers de mouches, y compris les plus folles.

Jérôme travaille les premiers jours de mon arrivée, mais il se met en quatre pour me trouver des coins de pêche. La tâche est ardue, il fait un soleil de plomb, l’air est incroyablement moite, les rivières très basses suite à un hiver doux et un printemps sans pluie.

D’abord, nous partons pour une belle rivière des Appalaches, à une heure de chez lui, pour un premier coup du soir le samedi et toute la journée du dimanche.

Les paysages me font penser au Massif Central, à quelque coin perdu des hauts plateaux de Lozère, mais les fermes de bois et les pickups garés dans les cours me rappellent que je suis en Amérique du Nord. La rivière s’inscrit dans cette ressemblance, on se croirait sur la Loire ou le Haut Allier, eaux noires et puissantes s’alanguissant en méandres ou mugissant entre de gros blocs.

Le lac qui donne naissance à la rivière est noir de monde, et en particulier de pêcheurs, mais vingt minutes de marche nous amènent à la plus complète solitude. Le québécois semble aimer pêcher pas loin de la voiture. Et tant mieux pour les poissons, car les truites ne font l’objet d’aucune maille ni d’aucune taille limite. Feuilleter un magasine de pêche revient à visualiser des tableaux de chasse que nous ne sommes plus habitués à voir en France.

Le premier soir je décroche une truite qui à peine piquée se rue vers l’aval. Des poissons gobent mais sont très difficiles. Moi qui pensait me gaver avec de grosses browns prenant d’énormes sèches je commence à revoir mes plans.

Le lendemain nous ratissons la rivière en sèche, en nymphe, en noyée, au streamer, rien de rien, le désert, je croiserais juste une sorte de barbeau qui ne voudra pas prendre la mouche (dommage).

Tout un coup, vers dix neuf heures, l’éclosion tant attendu arrive. Des sortes de sulphures jaune crème défilent, puis des sedges, les premiers gobages apparaissent. La rivière est puissante, divisées en de nombreuses veines d’eau, les berges boisées et le lit vite profond. Les coups ne sont pas faciles et les truites non plus. Aucune de mes mouches n’intéressent les poissons alors que Jérôme a enclenché le compteur et c’est du lourd !

Finalement, au bout d’un long bas de ligne, je mets une émergente de sedge en h18 et je prends ma première truite canadienne, incroyablement grasse et puissante. J’en louperais trois autres au ferrage et Jérôme me mets cul rouge avec six poissons.

Il y avait plus gros à manger, mais les poissons ne prenaient que des émergentes de sedges.

Le lendemain, Jérôme bosse et ne peut pas m’amener trop loin. Il me dépose sur un petit ruisseau, superbe. Pendant deux heures je le descends, et je suis frappé par le fait qu’il n’y a absolument aucune trace de passage avant moi. Le cadre est hyper sauvage et pour cause, la rivière est vide. Pendant plusieurs heures j’insiste sur les postes prometteurs, rien, pas un gobage, pas une ombre dans l’eau. Mystère, un énorme orage me fera attendre Jérôme dans un cabanon.

Le lendemain, c’est Maud qui m’accompagne sur une grosse rivière de plaine pour pêcher le bass. La rivière est très large, coule assez rapidement. Le décor est limite flippant, avec ses quelques maisons de bric et de broc, la brume sur l’eau, ça faisait un peu film d’horreur. Après l’orage de la veille, l’eau avait monté, et les postes étaient difficiles à atteindre. Je loupe trois fois de suite un doré (sandre local) que je vois attaquer mon leurre mais que je n’arrive pas à ferrer… Des jeunes pêchent aux leurres avec un succès relatif, un petit achigan qui finit dans un sac plastique.

C’est déjà la moitié du séjour et demain, nous partons pour la Gaspésie… Je pensais être un fou de la pêche, j’allais connaître le rythme infernal que la pêche au saumon impose…

La suite bientôt