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l’ouverture avec une eau majuscule

Tout l’hiver, on ronge son frein. L’ouverture n’arrive jamais, on la voit si loin. Pourtant Mars arrive et rien n’est prêt, boîtes vides, soies fanées, bas de ligne en tire bouchon…

Tant pis, samedi c’est fête ! JB et moi ce sera l’Ardèche. Parfois les rivières y sont précoces.

Nous voilà au bord de l’eau, c’est beau, juste beau, follement beau, si simplement beau que nous en sommes réduits à nous sourire bêtement, subjugués.

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La voiture garée, on hume l’odeur de pierre froide apportée par le vent, parfois teintée d’un feu de bois au loin. Par dessus le parapet, nos yeux fouillent les fonds, vides…

Au bord de l’eau, nous tressautons de concert, un gobage !!

Je m’y colle, deuxième posé, pendue !!!

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C’est trop beau pour être vrai, malgré les gestes vite retrouvés, le désert.

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Les mouches défilent, mais la bise s’invite, heureusement que la poire artisanale est dans le sac, sans quoi, nous aurions gelé sur pieds !

Au autre gobages furtif, et c’est JB qui prendra une très belle zébrée.

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Elle sera suivie d’une consœur, et moi je décrocherai un autre poisson. Trois poissons pour une ouverture, et surtout le bonheur d’être au bord de l’eau.

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Le lendemain, je furète, j’explore, loin, très loin de la foule des pêcheurs.

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Les buissons de ronce, les massifs de buis, les blocs énormes et moussus protègent quelques jolies pépites !

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Belle ouverture.

 

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quelques truites …

L’année où je suis devenu père … Lire la suite…

souvenirs de 2014

Cette année, j’ai démarré un carnet de pêche ; exercice comptable, rigoureux ; secteurs, météo, mouches, nombre de prises … Je le relis, le repose, un peu déçu. Ce qui a fait le sel de cette année ne s’est pas fait enfermer par les mots.

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Au fil des saisons qui défilent toujours trop vite, je me rends compte que la pêche n’est plus un but, mais est devenu un moyen, un vecteur pour accéder à un sentiment de plénitude, une raison pour pousser la porte et se faire happer par la nature.

La seule addition des poissons pris n’est pas l’unique garant de la réussite d’une partie de pêche. Ce serait vain de dire que ça n’y participe pas, et je serai un menteur si je n’avouais pas que je suis toujours autant excité par la capture d’une grosse truite ou par une journée à plus de dix poissons. Toutefois, c’est une alchimie complexe entre le nombre de poissons leurrés, les qualités de la rivière et des paysages, le contexte des captures, la solitude absolue ou au contraire la présence d’un ami cher, l’état d’esprit dans lequel on a abordé la journée ou le séjour qui fondent la différence entre une sortie commune et une cession extraordinaire ….

2014 illustre bien ce propos. Malgré un printemps compliqué pour raisons personnelles, un automne comme un acte manqué pour cause de travaux et de déménagement pour un ami auprès duquel j’étais largement redevable, je qualifierai cette année de très bon cru car j’ai toujours réussi à rester calme au bord de l’eau (l’emportement étant chez moi un très gros défaut) et à profiter de chaque instant.

La première truite de l’année a été une petite ardéchoise, quel bonheur de retrouver les vallées perdues !

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Émotion intense également avec cette première truite biennoise après deux ans de fermeture.

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A chaque printemps je revis, j’aime cette exubérance de la végétation, cette lumière douce et chaude qui fait sortir les mouches et les truites.

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J’ai arrêté de râler contre la météo, car qui sommes nous pour décider des cieux ?

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J’ai préféré m’adapter, apprenant à pêcher en nymphe lourde. Cette pratique parfois décriée est très sensitive et intuitive, sollicitant d’autres sens que la vue…

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C’est parfois le seul moyen d’aller dénicher des poissons positionnés sous de puissantes lames d’eau…

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… et l’occasion de dénicher quelques très beaux sujets qui mettent rarement le museau à la surface. La truite qui suit a été prise le long d’un mur léché par un puissant courant, sous 1 m d’eau, tandis que l’ombre a été débusqué dans un goulet d’eau blanche à l’entrée d’un lisse, deux postes que je ne pêche jamais d’ordinaire, ou trop superficiellement.

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Je parlais d’environnement… Comment décrire la vallée de la Gordolasque dans le Mercantour ? Le plaisir de pêcher en montagne est à peine descriptible, le vocabulaire manque pour décrire l’étrange sensation de pêcher sous les arrêtes enneigées, des cours d’eaux cristallins peuplés de truites bijoux, l’attention parfois troublée par la vision d’un chamois placide qui vous observe à quelques mètres.

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Grâce à Jean-Baptiste, j’ai aussi pu découvrir la Dourbie, et pêcher sous le vol des vautours les capricieuses truites de cette rivière somptueuse.

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Au printemps bien avancé, c’est comme un rituel. Je vais rechercher les truites parfois incroyablement tatillonnes du Massif Central. Les poissons les plus petits ne sont pas forcément les plus simples à leurrer, comme en témoignent ces truites du Trévezel et du Chapeauroux, deux rivières également découvertes cette année.

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Le début de l’été est maussade, ce qui permet de belles pêches en sèche, ici sur le Guiers en Isère, où la pluie a sauvé une partie de pêche bien mal engagée en faisant sortir de sous les roches des poissons que j’aurai continué à embêter sur les éclairs ne s’approchaient pas dangereusement !

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Avec Jean-Baptiste, nous continuons d’arpenter l’est du Massif Central, cette année, c’est moi qui lui fait découvrir une rivière, et pour une fois, j’emporte le titre du plus beau poisson, concours non déclaré qui occupe pourtant nos esprits lors de ces virées.

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Je retrouve Fanfouet sur les bords de Bienne. La base du cocktail reste la même, rigolade permanente, bivouac et feu de bois, bonne bouffe et vins fins, l’indispensable café du matin.

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Toutefois depuis deux ans, on agrémente ce mélange de prise régulière de beaux poissons, et c’est quand même pas mal chouette !

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C’est au cours de cette expédition que j’ai pris ma plus grosse truite de l’année, en sèche.

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Nous avons également pris notre première truite à deux en nymphe à vue. François pêchait, j’étais ses yeux, planqué sur la berge. La sensation, lorsque j’ai vu la mouche de François percer l’eau à l’endroit indiqué, puis la truite se décaler, prendre la nymphe, hurler « feeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeerrrre !!!!!!!!!!!! » et voir ensuite la truite se dodeliner, piquée par le fer, est assez extatique, aussi puissante que de prendre soi-même un poisson !

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Nous avons poursuivi nos rêves de pêche cette année, en poussant jusqu’ à la Norvège et la vallée de la Hemsila…

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Vous savez, c’est le genre de voyage que vous fantasmez pendant des mois, la destination que vous abordez avec un brin de suffisance parce que vous vous dites qu’il n’y a pas plus dur à pêcher que les rivières françaises…

Les premiers jours, ça a été la grosse claque. La Scandinavie a connu la canicule du siècle, nous proposant des rivières à l’étiage marqué.

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La pluie salutaire des premiers jours nous a gelé jusqu’aux os, nous obligeant à trouver des endroits improbables pour dormir, comme cette grange à foin délabrée.

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Impossible de trouver du réconfort dans la nourriture et l’alcool, absolument hors de prix, nous obligeant à nous repaitre de knackis tous les jours, et à tenter des choses affreuses, comme cette fricassée de vairons absolument immangeable…

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Pour autant, on a rien lâché.

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Il a fallu chercher, tester, pêcher très fin, autrement. J’ai notamment sauvé l’honneur en pêchant en noyée avec ce minuscule streamer qui m’a valu quelques captures et la perte d’un très très gros poisson parti se caver dans les roches.

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Las des bivouacs dans des endroits sordides, on a pris le taureau par les cornes, investi une île et déclaré une république autonome et autogérée, entièrement dédiée à la pêche à la mouche.

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Tout ça réuni nous a permis de quand même revenir avec la photo souvenir de « la grosse truite prise sur un lisse irréel devant les cascades qu’on voit dans tous les films sur la Hemsila ».

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Les lacs ont aussi été une alternative heureuse aux rivières.

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L’été a en revanche épargné les rivières françaises. Les pêches électriques sur la Basse Rivière d’Ain sont encourageantes, les ombres reviennent. Il faut espérer que 2015 ne soient pas une nouvelle année noire.

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La fermeture de la truite est arrivée tellement vite… Je ferais une dernière sortie jurassienne extraordinaire, parmi les plus belles parties de pêche que j’ai pu vivre. Chaque truite prise mériterait un roman, et j’ai fini à l’eau pour ne pas rompre la tradition ! Sur mon rocher, séchant au soleil, j’étais heureux de vivre l’instant présent.

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L’automne ne m’a permis que quelques rares sorties, mais l’essentiel était derrière moi. Il me reste à rêver 2015, plus qu’à la préparer (je n’ai jamais su faire …)

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2012 : plus près des sources

Hou là, il commence à sentir le moisi ce blog, longtemps que je ne l’avais pas ouvert. J’aère le temps d’évoquer en quelques clichés 2012.

Au commencement était une soif de pêche insatiable, qui me fit prendre mon permis à l’UPRA comme d’habitude, mais aussi dans le Jura et en Ardèche. C’était avant l’annonce des mortalités biennoises qui m’ont fait démarrer l’année sur les genoux, me vidant d’un coup de presque toute motivation et me remplissant un peu plus le cœur d’amertume.

Et puis je me suis dit  » allons aux sources, allons chercher l’eau pure ». J’ai opéré au sens propre, en cherchant les têtes de bassin le plus souvent, mais aussi au sens figuré, en revenant à des techniques moins alambiquées (j’ai raccourci les bas de lignes, beaucoup, beaucoup pêché en sèche…), et en donnant encore plus de valeur au moment de camaraderie au bord de l’eau. Quelques instantanés d’une année plaisir.

profiter de la beauté de chaque chose

Au bord de l’eau, la beauté révélée à l’amoureux de l’onde

c’est ma femme qui a pris ce dernier cliché, juste superbe

Ne pas bouder les « pêches faciles »

Quel plaisir de se gaver lors des grosses éclosions, il n’y a pas de pêches faciles, il n’y a que le plaisir des instants d’hystérie ou la surface est constellée de gobages !

éclosion de sedges début mai avec Fanfouet et Clema, ME-MO-RABLE

Éclosions de mouches de mai sur une petite rivière ardéchoise, dix poissons sur le même poste, tout ça en une heure, un soir au sortir d’une journée de boulot décentralisée sur les Hautes Terres !

Éclosions de ?? (on a jamais su !) mais on s’en ai mis plein la lampe pendant 45 minutes avec le Clema au fin fond d’une vallée paumée où même les corbeaux volent à l’envers pour pas voir la misère

Amitié et partage

Il existe peu de plaisir aussi grand que celui de passer une soirée autour d’un feu de camp, dormir au bruit de la rivière toute proche, et savourer, transi, le café du matin. Ces instants ont le goût de l’unique, vos amis ont la voix grave, les yeux qui brillent de l’alcool et de la folie qui nous unit ici, ce sont des gentlemen, peut être qu’au bar du Georges V on les regarderait de haut, mais ici ce sont eux les seigneurs et même la forêt se tait pour laisser parler les histoires.

Certaines occasions de la vie (un enterrement de vie de garçon !) permettent même de faire partager une passion jusqu’à là gentiment moquée par les copains.

J’aime cette photo, beaucoup de symboles dans cette dernière, et une belle de la Cure pour marquer pourquoi pas le début d’une passion !

l’excitation d’une cession brochet à deux, un qui écope l’autre qui prend les poissons !

Pêcher, pêcher, pêcher

Je suis comme un poisson sur le macadam, sec, l’œil vitreux, il faut régulièrement que je retourne à la rivière. Le gosse qui frémit au frétillement de l’antenne du bouchon est plus que jamais vivant au fond de moi.

 

 

Et surtout, relâchez vos rêves !

hobo des rivières …

Faut il toujours résister, vouloir comprendre, déchiffrer, traduire en règles intangibles les mystères de l’onde ?

Plus je pêche moins je sais. Dans notre monde fini, la rivière constitue pour moi un des derniers espaces de liberté. Je n’ai pas envie de retourner toutes les pierres pour être sûr, je préfère supposer, me tromper, me laisser dériver comme les éphémères traductions du vivant que les truites gobent de temps à autre.

Je suis un hobo des rivières,  de toutes les rivières, depuis le ru des hauts plateaux dont le sillon se devine à peine entre les menthes et les hautes herbes au puissant fleuve qui transporte le souvenir des  montagnes jusque dans la mer.

Peu importe le but, l’important c’est le voyage. Il commence très tôt, il ne s’arrête jamais, une partie de pêche c’est d’abord une construction mentale, murie courbé sur l’étau, qui disparait avec les derniers souvenirs puis qui renait fantasmée, transformée pour le besoin de l’histoire racontée aux amis.

Que dire de la progression vers la rivière, d’abord la ville se dessert, le ruban d’asphalte défile, puis c’est le royaume des petites routes. Fenêtre ouverte il est alors temps d’humer la campagne qui s’ébroue de la dernière averse. C’est pourtant l’impatience qui prime, teinté d’une sourde angoisse, après le virage on sera sûr qu’on est bien le premier sur ce secteur qu’on croit secret.

Ensuite c’est du domaine de l’intime, pas à pas on se rapproche de l’onde, sur les secteurs qu’on connait, on note le moindre changement, l’herbe des rives foulées qui annonce les fortes eaux de la veille, le sable qui par les traces laissées témoigne qu’on est pas le premier ou tout simplement l’avancée du printemps qui se matérialise par un chemin de plus en plus inextricable. Pour les rivières inconnues, chaque pas est une découverte, et toujours cette odeur de l’eau, ce bruit, et bientôt le froid qui mord les chairs à travers les pantalons de pêche.

Ensuite ? Une partie de dés que le diable lance pour nous. A intervalles suffisamment régulier, tout semble rire, on croit avoir la bonne mouche, les lancés propulsent nos frêles imitations exactement là où nous le souhaitons, le museau émerge au ras des roches.

Les autres fois, le vent, la pluie, les truites qui rient de nos mouches, mais toujours cet entêtement chevillé au plus profond, cette conviction qu’une truite n’est qu’un poisson et pas quelque bête échappée d’une légende, elles ont faim, nous sommes là, tôt, mais souvent tard, notre mouche va croiser le froissement de la surface tant attendu.

Et tout le temps ces fulgurances, beauté des éléments au hasard d’un méandre, vie électrique parcourant les flancs des poissons, spectacle de la faune au bord de l’eau, lumière jouant de la robe des truites alors qu’elles marsouinent au ras de la pellicule, le beau dans chaque chose, la nature, l’homme parfois, sont artistes …

Puisse la folie des hommes me laisser encore un peu de temps pour continuer à errer aux côtés de l’onde, que l’eau, comme en cette moitié 2012, continue à couler abondamment … Quand je me perdrais dans la brume, alors j’aimerais que mes enfants aient le même sentiment de plénitude lorsque le brouillard dévoile d’un coup le corps nu de la rivière.

Dans l’attente, profitons de ces instants.

merci à Marc pour cette dernière photo

2011 en images

A la manière de Fanfouet, je me propose de résumer 2011 en quelques images fortes, comme autant d’illustrations de la multiplicité des sentiments qui ont pu m’habiter au cours de cette saison pour le moins contrastée.

tout début mars

Le temps est désespérément sec depuis un mois, si les nuits sont fraiches les journées sont déjà douces. Je n’y résiste pas et j’arpente dès la mi février les berges du Rhône. En plein soleil, vers midi, de grosses gueules happent les premières mouches, les énormes chevesnes ont vite eu le nez en l’air. Je tombe fréquemment sur des bancs de hotus, et, à l’aide d’un gros gammare je réussis enfin à en séduire un. Cette photo est révélatrice de la taille vraiment très élevée des habitants du Rhône. Ce fleuve mal-aimé, corseté, victime de chasses (vidanges violentes) dévastatrices révèle un potentiel incroyable. Je n’ai pas fini de le parcourir.

Mars, un jour de pluie

Première sortie seul, première truite également, quelques minutes avant. J’aime cette image, je suis blotti dans un creux de rocher, sous une frondaison, quelques brindilles dans un renfoncement du rocher, et mon regard se perd dans les flammes. Dans cet instant il y a l’espoir, celui qu’on porte en une saison neuve, malgré l’inquiétude de niveaux bas, celui qu’on porte à la pluie, qu’on souhaite à même de déclencher une éclosion. Peu après, j’assisterais au spectacle magnifique de la fraie de très gros ombres, visibles au début de ce petit film, et je décrocherais deux belles truites, les deux en sèche, sur des coups de lignes compliqués. Je me dis que la saison est pas si mal démarrée…

Avril, pas d’eau

Des niveaux d’été (première photo), et les prières à l’attention du ciel pour que les nuages lâchent quelques gouttes… Sans les pluies de juillet, la mortalité aurait été redoutable. La saison a été profondément impactée par cette météo au beau fixe. De la pêche ultra fine dès avril, une ouverture de l’ombre dans des eaux déjà chaudes, bref, un vrai défi, et la nécessité de préserver au maximum nos partenaires de jeu. Pour ma part, avant l’automne, je ne me suis autorisé qu’une seule cession ombres.

Ton sur ton

L’ami François, son épuisette verte mondialement connue qui se confond avec les frondaisons. Comme chaque année, le temps d’un WE, on se laisse glisser dans la magie des parties de pêche en nymphe à vue à quatre yeux, des traques, des planques, des jurons, des bières à la santé des truites si grosses qu’une fois ferrées si elles se mettent en travers elles bouchent la rivière, des bivouacs où le feu crépite. Une pause dans la course du monde, le temps y passe trop vite mais on en prend la pleine mesure…

Cette année tout de même, changement de programme, on fait enfin quelques beaux poissons, bon on va se mentir, ça change quand même sacrément la tournure d’une cession pêche !

L’horreur est humaine

Malgré mon emploi du temps plus que compliqué, j’ai décidé de me bouger autant que possible. AG, nettoyage, et mobilisation le 14 Mai pour le Doubs. Quelle misère de découvrir des lieux sacrés comme le pont de Goumois, le pré Bourassin, alors que tout crève. Il suffit de se pencher, ombres et truites couverts de mousse, nos rivières et poissons pourrissent… Le chemin du retour est long à se ressasser son impuissance. Je pêche quelques îlots encore épargnés par la pourriture, pour combien de temps, j’ai le droit à combien de sursis ? D’autres derrière moi pourront ils connaître les bonheurs simples décrits un peu avant dans ce texte ?

L’américain

Dans ce contexte d’eaux basses, de rivières surpêchées (les pêcheurs du Doubs et de la Loue ont migré vers des cieux plus cléments…), je reçois le temps d’une journée un ami de Christophe (Clema74), Aaron Jasper, guide de pêche américain. Choc des cultures, lui boit du coca et du red bull, moi j’avais apporté le petit vin dont le choix a été longtemps réfléchi, les pâtés, les saucissons…. Je pensais être un fondu de pêche, là c’est un autre monde, ce type est un barge ! Incroyablement bon pêcheur, il réussira à tirer son épingle du jeu dans des conditions de pêche infernales… La taille de nos ombres l’a estomaqué ! En revanche il a été plus que choqué de l’attitude désinvolte d’une famille venue barboter dans ses bottes, un comportement inimaginable pour un pêcheur américain.

La truite qui aimait les chamois

J’aime cette photo, je l’ai choisi plutôt que d’autres prises, parfois plus grosses, car il me semble qu’elle illustre très bien la saison 2011. De beaux poissons,, pas forcément monstrueux mais pris régulièrement, sur des mouches extrêmement simples. Je me suis contraint à la plus grande simplicité dans le montage, à des imitations très épurées, et j’ai l’impression que ça a payé….

Coup du soir

2011, c’est la première saison depuis 4 ans où je ne travaille plus dans l’Ain. Adieu les possibilités de coups du soir sur ma rivière de cœur. Des horaires de malade, un éloignement de mes spots habituels, une météo résolument tournée vers la sécheresse, m’ont presque convaincu que les coups du soir après le boulot sont un lointain souvenir…

Et puis il y a ce coup d’eau de juillet, les journées sont longues, le matin plutôt que le train je privilégie la voiture, charge le coffre et le soir je file vers la Gère… A peine 1h30 de pêche, mais des truites le nez en l’air, et ce bonheur indicible d’être les pieds de l’eau, de lutter avec la nuit qui tombe pour distinguer sa mouche, soudain la voir disparaître…

Colorado, août 2011

Vacances de rêve, quelques cessions pêche, et puis dans cet affluent du Rio Grande prospecté au fil, la soie qui s’arrête, la sensation de lourdeur et tout qui s’enchaine, lutte entre le poisson et le pêcheur, je cavale après la truite, écarte les branches, et finis par aller chercher la truite à la main après que cette dernière se soit calée sous une berge… j’aime cette image, j’admire le poisson encore quelques instants, il faut vite la laisser repartir…

Lamar River

Souvenir cuisant de cette rivière, avec deux poissons qui m’ont ouvert l’hameçon. Pourtant, cette image me transporte complètement, peut on rêver plus beau cadre ? Merci à ma douce pour ce cliché rare qui immortalise un instant précieux… C’est une madeleine de Proust, une douceur que je vais longtemps déguster, peu à peu elle perdra de sa saveur, il faudra donc que j’y retourne !

ogive dorée

Les barbeaux me fascinent. C’est seulement le deuxième que je prends, mais j’ai adoré ce coup de ligne. Le poisson posté dans un courant, à la sortie d’un goulet, la nymphe légère qui rencontre le léger frémissement du poisson… En 10°° s’il vous plait !

Deux initiales, BB

Jérôme et sa douce reviennent quelques jours en France, avec son papa, son frangin, JB, on se retrouve à Trept. Les arcs sont sur stressées, leur comportement aberrant me gonfle, très vite, je me focalise sur les back bass, c’est derniers sont incroyablement méfiants. Je mettrais 3 heures à percer le secret. Il faut lancer près du poisson visé, mais ne surtout pas animer… Alors, avec un peu de chance, le poisson vient cueillir l’imitation du bout de la gueule… La suite ne se raconte pas. J’aurais le droit aux faveurs de 4 poissons. Je suis mordu, la passion pour ce poisson ne fait que démarrer.

fous de pêche

François et le Nico, rien n’arrêtera notre quête du hot spot !

Bonne saison 2012 à tous, j’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à arpenter la berge, prenez soin de relâcher vos prises, et redoublez d’attention pour le milieu qui les abrite…

pourquoi j’y serais

Les plus vieux que moi ont vu les truites mettre moins souvent le nez en l’air, les populations se raréfier… Moi, je vois les rivières disparaître.

Pas d’eau, rien, il ne pleut plus sur l’Est de la France depuis des mois… Qu’est ce qu’on y peut ? Rien ? tout ? Il faut y voir un châtiment ? J’en sais rien… Je vois juste mes rivières crever et j’ai le cœur qui se sert au fur et à mesure que le paysage jaunit…

Des comme ça, où il faut passer 45 minutes derrière, passer ta boîte sur son nez, j’y aurais encore droit dans les années à venir ?

A ma femme, je dis toujours en rigolant que les mômes je les emmènerais sur mon dos dès même pas un an à la pêche… Mais j’irais encore à la pêche ? Plutôt que de les trainer faudrait que je leur donne le goût de l’eau, celui qui m’habite depuis que je sais à peine marcher. Tourner les pierres, voir la vie grouiller, passer des heures devant le miroir de l’eau, s’immobiliser quand retentit le cri du martin-pêcheur. Le seul moyen de trouver la force de se battre, c’est de s’émerveiller encore… Le sens de l’eau, c’est le truc qui s’explique pas, qui fait que t’es bien là mieux que nul part ailleurs même si l’ailleurs c’est bien aussi.

Peut être que les minots, ils connaitrons que les blancs, les robustes, ceux qui s’adapteront, nous aussi, il va falloir, les espèces moins nobles prennent plus de sens à nos yeux…



Mais si le chevesne est devenu le compagnon obligé du moucheur, il faut continuer à se battre pour pas voir crever les dorsales bleues et les rayures qui peuplent encore les rivières.


Ça fait des bornes, j’y pêche jamais, mais le 14 mai j’y serais.

la transmission

A quel âge il m’a emmené la première fois ? En fait je sais plus, probablement dès que j’ai su marcher et me tenir dans un coin sans être trop chiant, c’est à dire assez tôt au vu de ma nature introvertie et ma capacité à rester en admiration plusieurs minutes devant une grenouille ou l’eau qui clapote. En tout cas, à 5 ans je savais déjà ferrer les gardons, même si, prévoyant, il me mettait un bon 18°° qui permettait à ces derniers un joli baptême de l’air après ferrage…

A même pas 10 ans, je l’accompagnais chez Barberot, aux sources de l’Eclimont, et ses virées mystiques (en plus avec mon instit de CM2 !!) sur l’Allier ou les rivières normandes me fascinaient…

Il m’a tout appris, monter les lignes, l’amorce, les leurres, les esches, les coins, tout sauf la mouche bizarrement, technique qu’il maîtrise pourtant, mais là n’est pas l’essentiel, il m’a transmis la passion. La fièvre qui transforme chaque journée de pêche en successions d’actes irrationnels, celle qui nous pousse au bord de l’eau quelles que soient les conditions  météo, celle qui a fait que dès l’âge de 11 ou 12 ans je passais des journées entières dehors, un montage rudimentaire et quelques criquets avec moi dans les près corréziens…

Il y a le quotidien qui nous dévore, peut à peu je l’ai vu s’éloigner de la pêche, trouver que les rivières ne valaient plus le coup, ne plus se dégager le temps qu’il fallait, limiter la pêche aux vacances. Moi la fièvre empirait, il m’en fallait toujours plus, et c’est auprès d’autres que j’ai appris la mouche…

Alors pour mes trente ans, franchement, je pense que cette matinée au bord de l’Albarine, à 600 km de chez lui, c’est un des plus beaux cadeaux qu’il m’a fait… et de mon côté, en l’emmenant là, j’étais bien conscient qu’il allait faire une rechute. Je crois que je me suis garanti quelques parties de pêche avec lui pour les années à venir !

voilà le fautif, 25 ans après m’avoir inoculé les premières doses ! C’était une journée qui en appelle d’autres…

Christ de saumon sale ! – première partie

S’il fallait traduire, ça voudrait à peu près dire « saloperie de saumon de merde qui fait trop chier bordel ! », car je n’irais pas par quatre chemins, le saumon à la mouche c’est une pêche qui rend fou.

D’ailleurs, quelle mouche m’a piqué pour que je décide ainsi de rejoindre l’Indien à 6000 km de chez moi à la poursuite d’un poisson dont je ne connaissais rien et pour lequel je n’étais ni équipé, ni préparé ?

Ben en fait c’est lié à une promesse faite au moment où Jérôme décide de partir vivre au Québec. Déjà, il n’avait pas fini de me refiler tous ses coins sur la Basse Rivière d’Ain, le Rhône et l’Albarine, alors il fallait rester en contact. Et puis il m’avait déjà parlé de ce poisson qui rend fou, alors j’avais promis d’aller le voir, sans trop prendre la mesure de cette promesse, et à mesure des mois, les comptes-rendus enthousiastes de l’Indien ont peu à peu transformé l’hypothèse en évidence.

En décembre 2009, je prends les billets, par d’incessants messages j’assaille mon futur hôte pour en savoir un peu plus, quel matos, quand, comment, où on irait ?

Les premiers mois de l’année semblent interminables et puis tout s’accélère et le 26 juin je me retrouve à l’aube de mon premier voyage halieutique. Alors comme c’est le premier, je vais prendre un peu le temps, car on ne peut pas tour à tour découvrir un nouveau pays, revoir des amis, aller au devant d’un poisson mythique et ne rapporter que trois photos et demi en disant « ouais c’était pas mal mais y avait pas beaucoup d’eau… ». Du coup je vous propose un petit rendu en plusieurs parties :

Première partie :

–          Le Québec immense et loin

–          Mises en bouche

Deuxième partie :

–          Dix huit heures de pêche par jour !

–          Impressions

–          Quelques prix, quelques liens, quelques infos

Le Québec immense et loin

Je ne sais pas vous, mais pour moi l’avion a conservé toute sa magie. A Orly, je dispute la place aux enfants devant la vitre pour mieux voir l’énorme 747 qui se prépare au décollage. Le stress de l’enregistrement des bagages est passé, je n’ai plus qu’à espérer que les cannes arrivent entières et en même temps que moi de l’autre côté de l’Atlantique.

Ceci étant, je suis vite rattrapé par la réalité au moment où il faut que je m’insère dans le minuscule siège qui m’abritera pendant septe heures !

Malgré tout le voyage passe vite et l’écran me permet de voir que je me rapproche de plus en plus du but !

A Montréal, je suis accueilli par Magali et Guillaume, deux amis que je connais depuis mes jeunes années d’étudiant insouciant à Tours. C’est la possibilité d’échanger sur leur expérience de vie chez nos « cousins » et de bénéficier d’un premier aperçu de Montréal. J’en profite pour les remercier chaleureusement pour leur accueil.

Je me suis un peu attardé dans Montréal (notamment avant de retourner en France). Si mes amis s’accordaient à me dire que l’hiver la ville peut parfois être triste, en plein soleil, à l’aube du festival de Jazz, Montréal est une ville passionnante et particulièrement agréable. De prime abord, pas de doutes, c’est une ville nord américaine, plan en damier, grattes ciels, immeubles en briques et leurs échelles rouillées, grands parcs pleins d’écureuils… Un petit New York où tout est écrit en français (ou presque) où l’on finit par déboucher sur un bout d’Europe échoué contre les grattes ciels, la fameuse vieille ville. Ce puzzle de quartiers, ces étudiants en masse, sa vie grouillante, font de Montréal une ville vraiment agréable.

Pour rejoindre Jérôme, il faut prendre le car, et là, je vais prendre la mesure de l’immensité québécoise. Le long d’autoroutes plus que largement dimensionnées, le paysage défile. D’abord la banlieue résidentielle, industrielle et commerciale de Montréal qui semble ne jamais s’arrêter, puis les champs de maïs à perte de vue qui font passer la Beauce pour un jardinet. C’est monotone et plutôt moche, heureusement, il y a les énormes camions rutilants pour me distraire. Mais je sais qu’entre Montréal et Québec, ce n’est pas le plus beau de la Province, et que bientôt, ma mouche va dériver dans des rivières de rêve.

Mises en bouche

Jérôme me récupère à Trois Rivières pour prendre les permis et humer l’air à « l’Ami Moucheur », Flyshop culte s’il en est. Les permis sont pris (c’est très simple) et seul un budget limité me fera rester raisonnable face à l’abondance du magasin. Il y a de quoi monter quelques milliers de mouches, y compris les plus folles.

Jérôme travaille les premiers jours de mon arrivée, mais il se met en quatre pour me trouver des coins de pêche. La tâche est ardue, il fait un soleil de plomb, l’air est incroyablement moite, les rivières très basses suite à un hiver doux et un printemps sans pluie.

D’abord, nous partons pour une belle rivière des Appalaches, à une heure de chez lui, pour un premier coup du soir le samedi et toute la journée du dimanche.

Les paysages me font penser au Massif Central, à quelque coin perdu des hauts plateaux de Lozère, mais les fermes de bois et les pickups garés dans les cours me rappellent que je suis en Amérique du Nord. La rivière s’inscrit dans cette ressemblance, on se croirait sur la Loire ou le Haut Allier, eaux noires et puissantes s’alanguissant en méandres ou mugissant entre de gros blocs.

Le lac qui donne naissance à la rivière est noir de monde, et en particulier de pêcheurs, mais vingt minutes de marche nous amènent à la plus complète solitude. Le québécois semble aimer pêcher pas loin de la voiture. Et tant mieux pour les poissons, car les truites ne font l’objet d’aucune maille ni d’aucune taille limite. Feuilleter un magasine de pêche revient à visualiser des tableaux de chasse que nous ne sommes plus habitués à voir en France.

Le premier soir je décroche une truite qui à peine piquée se rue vers l’aval. Des poissons gobent mais sont très difficiles. Moi qui pensait me gaver avec de grosses browns prenant d’énormes sèches je commence à revoir mes plans.

Le lendemain nous ratissons la rivière en sèche, en nymphe, en noyée, au streamer, rien de rien, le désert, je croiserais juste une sorte de barbeau qui ne voudra pas prendre la mouche (dommage).

Tout un coup, vers dix neuf heures, l’éclosion tant attendu arrive. Des sortes de sulphures jaune crème défilent, puis des sedges, les premiers gobages apparaissent. La rivière est puissante, divisées en de nombreuses veines d’eau, les berges boisées et le lit vite profond. Les coups ne sont pas faciles et les truites non plus. Aucune de mes mouches n’intéressent les poissons alors que Jérôme a enclenché le compteur et c’est du lourd !

Finalement, au bout d’un long bas de ligne, je mets une émergente de sedge en h18 et je prends ma première truite canadienne, incroyablement grasse et puissante. J’en louperais trois autres au ferrage et Jérôme me mets cul rouge avec six poissons.

Il y avait plus gros à manger, mais les poissons ne prenaient que des émergentes de sedges.

Le lendemain, Jérôme bosse et ne peut pas m’amener trop loin. Il me dépose sur un petit ruisseau, superbe. Pendant deux heures je le descends, et je suis frappé par le fait qu’il n’y a absolument aucune trace de passage avant moi. Le cadre est hyper sauvage et pour cause, la rivière est vide. Pendant plusieurs heures j’insiste sur les postes prometteurs, rien, pas un gobage, pas une ombre dans l’eau. Mystère, un énorme orage me fera attendre Jérôme dans un cabanon.

Le lendemain, c’est Maud qui m’accompagne sur une grosse rivière de plaine pour pêcher le bass. La rivière est très large, coule assez rapidement. Le décor est limite flippant, avec ses quelques maisons de bric et de broc, la brume sur l’eau, ça faisait un peu film d’horreur. Après l’orage de la veille, l’eau avait monté, et les postes étaient difficiles à atteindre. Je loupe trois fois de suite un doré (sandre local) que je vois attaquer mon leurre mais que je n’arrive pas à ferrer… Des jeunes pêchent aux leurres avec un succès relatif, un petit achigan qui finit dans un sac plastique.

C’est déjà la moitié du séjour et demain, nous partons pour la Gaspésie… Je pensais être un fou de la pêche, j’allais connaître le rythme infernal que la pêche au saumon impose…

La suite bientôt